Mais il faut ajouter ici, qu’il sera plus difficile à la Chine qu’à la France, de recruter les hôtes d’un musée vivant de ce genre. Les bateleurs, les ménageries roulantes, ont vu, sous la Révolution, leurs animaux, achetés par le gouvernement, servir de base au développement de la ménagerie actuelle.
Puisque nous n’avons pas cette ressource — les ménageries particulières n’existant pas — nous serons obligés de créer l’établissement de toutes pièces. Seuls les singes, avec leurs espèces si nombreuses dans nos climats asiatiques, pourraient nous fournir immédiatement un personnel en nombre suffisant, pour créer quelque chose d’analogue à leur immense palais du Jardin des Plantes, et égayer grands et petits par leurs cris, leurs gambades, leurs malices, les innombrables joyeusetés particulières à ces réductions bizarres de la forme humaine, maquettes inachevées du roi de l’univers.
UN CABINET DE LECTURE
Dans les grandes villes de l’Europe, on peut trouver à peu près tout ce que l’on veut. Mais c’est surtout à Paris que j’ai admiré la multiplicité des exigences de la civilisation européenne, en même temps que les facilités offertes au public pour contenter ses moindres désirs.
L’autre jour, comme nous flânions sur les boulevards, mon cicerone s’arrêta tout à coup et me demanda si je désirais visiter un cabinet de lecture.
— Qu’est-ce qu’un cabinet de lecture ?
— C’est un établissement où vous pouvez lire les livres les plus nouveaux et parcourir un nombre incroyable de journaux. Venez, le spectacle en vaut bien la peine.
La salle, dans laquelle nous venions de pénétrer, était assez vaste. Tout autour, contre les murs qu’ils cachent jusqu’au haut, des rayons remplis de livres. Sur d’immenses tables, étaient étalés ou empilés des centaines de journaux et de revues, tant de Paris, que de province et de l’étranger. Je me plongeai avec délices dans la lecture du Shen-Pao, de Shanghaï, et ne fus pas peu surpris et satisfait de me trouver si facilement au courant des dernières nouvelles de mon pays.
Le silence était parfait, dans cette petite bibliothèque publique, toute remplie de lecteurs, qui y trouvent place, pour le prix minime de quelques sous. De temps en temps, l’un d’eux se levait, adressait quelque question, faite à voix basse à une dame, assise à l’intérieur d’une sorte de comptoir et recevait bientôt le livre ou le journal demandé.
Les gens qui viennent là, sont en grande partie des journalistes et des gens de lettres. Il y a aussi quelques vieilles demoiselles, à l’air enthousiaste, qui poussent parfois de gros soupirs, en lisant de vieux livres, dont l’usure évidente fait le plus bel éloge.