Figurez-vous un homme portant un chapeau moderne et des souliers tels qu’on les faisait du temps de l’empereur Fou-Hi.
Du reste, tous les professeurs sont revêtus de vieux costumes d’une époque très reculée : allusion transparente aux efforts qu’ils font chaque jour, pour concilier l’ancien et le nouveau, les opinions disparues et les vérités récemment découvertes.
Je contemplai encore l’École Polytechnique, où quelques centaines de jeunes gens étudient les sciences mathématiques les plus hautes. J’admirai ensuite la magnifique installation de l’École des Mines, qui fait connaître tous les gisements de minerais utiles à l’homme et les procédés divers, usités pour l’extraction et le traitement de ces matières si précieuses.
Enfin, j’arrivai à l’École de Médecine. Et, ici je fus réellement émerveillé.
Je vis les étudiants se presser aux cours, plus nombreux encore qu’à l’École de Droit. Ici, un professeur détaille avec une précision inouïe, la structure des éléments les plus imperceptibles du corps humain. Là, un autre poursuit, dans leur marche à travers nos organes, les substances minérales et végétales les plus diverses. Un troisième vous démontre comment fonctionne ce cerveau, siège de toutes nos idées. Il nous apprend par quels procédés raffinés on arrive, de nos jours, à mesurer cette chose impondérable et insaisissable : la pensée humaine ! Les professeurs parlent une langue fort simple et élégante. Ce sont des hommes tout à fait de premier ordre. Je n’en finirais pas, si je voulais vous raconter, par le détail, tout ce que je vis et entendis d’admirable et d’entièrement nouveau pour moi.
Si, des Écoles, je passe aux livres d’enseignement, la supériorité des Européens m’apparaît plus grande encore. Il est impossible de se figurer avec quelle précision, avec quelle clarté sont rédigés ces volumes, qui sous un petit format, vous résument une science tout entière, rendent les plus grandes difficultés intelligibles pour tous et présentent, chacun, comme un tableau merveilleusement lumineux de la partie traitée. Ensemble et détails, l’on voit tout d’un coup d’œil. Chaque chose est rangée précisément à la place nécessaire. Vous trouvez, immédiatement, tout ce dont vous avez besoin, sans qu’aucun fait inutile vienne embarrasser vos progrès. Il y a, dans ces livres parfaits, une puissance incomparable.
Les étudiants chinois sont bien loin d’être aussi favorisés que leurs collègues d’Europe. Sans doute, nos traités de morale n’ont rien à redouter de la comparaison avec les livres des sages de l’Occident. Mais, pour tout le reste, notre étudiant doit chercher dans d’immenses collections de volumes, les vérités qu’il a besoin de connaître. Sa tâche est considérable : il ne trouve nulle part de besogne toute prête et est obligé de tout ou presque tout faire par lui-même. Son intelligence est astreinte à de plus pénibles efforts. Sa mémoire doit emmagasiner un nombre de faits bien plus grand, dans lesquels il ne voit le plus souvent pas d’autre ordre que celui qu’il saura se créer.
Et pourtant, l’Europe se plaint d’un mal dont je n’ai jamais entendu parler en Chine : le surmenage des étudiants.
Malgré l’excellence de leurs professeurs et la méthode de leurs livres, les étudiants européens sont fatigués par leurs études. Ce phénomène ne peut être attribué qu’à deux causes : la manière d’enseigner, ou la vie menée par les jeunes gens.
Je ne crois pas, cependant, qu’il faille accuser la manière d’enseigner. Il ne me semble pas possible que des maîtres aussi supérieurs et des livres aussi parfaits puissent fatiguer l’intelligence de l’élève : au contraire, il devrait avoir l’esprit plus libre, puisqu’une grande partie de sa tâche est faite d’avance.