Nous traversons la Seine et nous nous trouvons à l’entrée du Boulevard Saint-Michel.

Là, ma vue est frappée tout d’abord par un monument singulier : la Fontaine Saint-Michel. On y voit, en bas, deux espèces de dragons vomissant des torrents d’eau. Plus haut, saint Michel terrasse le diable. Saint Michel est un ange : il a des ailes et lève son épée menaçante au-dessus d’un démon cornu, tout noir.

Je dois avouer que je fus étonné de rencontrer, en France, ces images fantastiques, que les taoïstes seuls, affectionnent en Chine, mais dont les disciples de Confucius, gens éclairés, ont fait justice depuis longtemps.

Nous remontâmes le boulevard dont le nom de Saint-Michel, dans la langue particulière aux étudiants, se transforme en Boul’Mich ! Je compris tout de suite que ces jeunes gens, toujours pressés par leurs études, ont trouvé un moyen ingénieux de gagner du temps, en abrégeant les noms trop longs : cela me parut fort bien imaginé.

Nous visitâmes d’abord la Sorbonne, qui est la plus antique des institutions universitaires de France. Je me suis laissé dire qu’autrefois, cette Sorbonne brûlait, de temps en temps, écrivains et livres qui lui déplaisaient, comme ce Shi-Hoang-Ti, dont la mémoire est vouée, par tout bon Chinois, à l’exécration éternelle. Mais aujourd’hui, cela ne se fait plus, et la Sorbonne se borne à enseigner toutes sortes de belles choses et, surtout, un grand nombre de ces théories dont, jadis, elle aurait fait rôtir les auteurs.

De là, nous nous rendîmes au Collège de France. C’est un vaste établissement, dans lequel les professeurs les plus célèbres sont chargés d’exposer les connaissances les plus élevées, en fait de lettres et de langues, principalement.

Je vis là des hommes universellement connus et dont j’avais lu souvent les noms dans les gazettes chinoises.

Figurez-vous qu’ils parlent souvent devant des salles à peu près vides. L’un d’eux, entre autres, avait pour tous auditeurs une vieille dame en lunettes bleues et le cocher qui l’avait amené ; ce dernier sommeillait doucement, en attendant que le maître eût fini de révéler les mystères les plus cachés d’une langue de l’intérieur de l’Asie, que personne ne parle plus depuis trois ou quatre mille ans.

A l’École de droit, où il y a beaucoup d’élèves, il me sembla me trouver dans un pays tout à fait bizarre.

Les lois, en Europe, ont en effet, ce caractère singulier, qu’elles tiennent à la fois du passé le plus lointain et du présent le plus immédiat. Aussi, fourmillent-elles des contradictions les plus énormes. Ce qui ne peut manquer de se produire, lorsqu’on veut marier de vieilles croyances, tout à fait étrangères à notre époque, avec les résultats les plus clairs de la science actuelle.