Dans la pièce qu’on va lire, il ne s’agit plus de description, la femme dit adieu à celui qu’elle aime et lui fait ses dernières recommandations :

A MON MARI, PARTANT POUR LE GRAND CONCOURS LITTÉRAIRE

Depuis un an, nous avons préparé vos bagages.

Et, aujourd’hui, il faut partir.

En votre absence, qui donc appréciera mes vers ?

Quand je ne serai plus à vos côtés, hélas ! soignez du moins votre santé !

Je sais que votre affection pour moi vous forcera à revenir au plus vite.

Pourtant, je crains toujours que vos succès ne vous retiennent un peu trop longtemps.

N’ayez aucune crainte pour vos parents, pour vos enfants, auprès desquels je vous remplacerai dignement.

Écrivez-nous souvent et envoyez-nous beaucoup de vos poésies.

J’ai réservé pour la fin des vers tout différents de ce qu’on a vu jusqu’ici : la Tisseuse est connue de tous, en Chine ; le lecteur, j’en suis sûr d’avance, dira comme moi que la faveur dont jouit ce poème auprès du public chinois est parfaitement méritée.

LA TISSEUSE

Le clair de lune d’automne est blanc comme la neige ;

Le vent d’automne, comme un fer, me coupe le visage.

Une lampe pâle, placée à côté de mon métier,

M’éclaire toute la nuit et, seule, me tient compagnie pendant que je tisse.

Le produit d’une nuit passée à veiller n’est que de quelques mètres ;

Celui de deux veilles ne me donne pas encore la matière d’une pièce.

J’ai bien besoin de repos. Mais le souci du lendemain m’empêche d’y penser.

Hier, en allant à la ville, vendre le fruit de mes veilles,

J’ai vu la splendide corbeille d’une riche mariée,

Composée de plusieurs milliers de pièces de soie et de douze malles, pleines de vêtements.

Qu’elle est heureuse, cette mariée qui, sans connaître le mûrier ni le ver à soie, possède tant de robes !

Je rentre triste et pleure, devant mon métier, en pensant à ma malheureuse personne,

Qui passe sa vie à fournir les vêtements pour d’autres… qui se marient !

Dans un mouvement de désespoir, je saisis les ciseaux, pour couper mon étoffe !…

En me couchant, j’entends les grillons, qui crient dans la cour, comme pour m’appeler et me dire de me mettre de nouveau au travail.

Je ne connais rien de plus douloureux que la plainte de cette pauvre fille ; que ces accents à la fois si doux et si mélancoliques de l’ouvrière.

Pour aujourd’hui, j’en reste là, je crois avoir donné par les extraits reproduits ci-dessus une idée approximative de la valeur littéraire de nos femmes-poètes. Je serai heureux, si le lecteur trouve aussi qu’il se dégage une véritable poésie de ces productions des bas-bleus chinois.

TABLE DES MATIÈRES

Pages
Préface[1]
Le Mariage[3]
La Fièvre[13]
L’Exposition Universelle de 1889[21]
Le Tour du Monde en 72 jours[37]
Une Première[49]
Les Morts[65]
L’Ombre chinoise[77]
Si ?[83]
Le Duel[93]
La Villégiature[103]
Une Visite au Musée du Louvre[113]
En Ballon[123]
A la Bourse[131]
Dans le Train[141]
Les Grands Magasins[151]
Au Grand Prix[159]
La Presse[169]
A travers champs[179]
La Bibliothèque nationale[189]
Les Cirques[201]
Un Cabinet de lecture[211]
Les Cafés de Paris[221]
La Famille[231]
Une Visite au Palais de Justice[241]
Au Quartier latin[253]
La Justice politique en Chine[263]
Les Bas-bleus, en Chine[271]