Sur dix arbres, neuf sont dépouillés de fleurs.
Comment en serait-il autrement, après tant de pluies, secondées par tant de vent !
Seules, les araignées font tous leurs efforts pour retenir un semblant de printemps,
Et réussissent, dans le coin du jardin, à amasser quelques pétales dans le filet de leurs toiles.
N’y a-t-il pas quelque chose de tout à fait original dans cette façon d’interpréter les plus petits détails de nature : et, pourtant, l’image est très vraie.
La philosophie ne manque pas à nos « dixièmes muses ». Témoin l’application suivante de la théorie des causes finales :
LE TEMPS SOMBRE DU PRINTEMPS
La Providence aime trop les fleurs,
Pour ne pas veiller avec soin à leur température ;
De peur que la pluie ne soit trop froide, le soleil trop chaud, pour ses préférées,
La Providence veut qu’il fasse sombre, pendant la floraison.
La saison chaude, elle aussi, a ses poètes : on le verra par les vers qui suivent :
AU COMMENCEMENT DE L’ÉTÉ
Je ne crois pas qu’après le printemps, les beaux jours doivent être rares.
Car, derrière ma fenêtre, abritée par l’ombrage verdoyant, je puis mieux étudier la nature.
Et, que vois-je ? Les papillons, un peu frêles encore, voltigent gracieusement, après la pluie bienfaisante.
Et les pétales des fleurs tombent silencieusement, d’eux-mêmes, sans être maltraités par le vent.
Lasse, enfin, de regarder, j’ouvre le King sacré du Bouddha et cherche à en déchiffrer les phrases mystérieuses, au sens caché.
Je n’ai interrompu ce travail, que pour jouer un air sur ma guitare, lorsque j’ai éprouvé le besoin de me distraire.
J’avais fermé ma fenêtre : mais je la rouvre aussitôt,
Me rappelant que les hirondelles, dont le nid est au plafond de ma chambre, ne sont pas encore rentrées.
Cette peinture paraîtra étrange peut-être ; mais, certainement c’est un tableau vrai, profondément senti et de délicatesse toute féminine.