Vers la même époque, c’est une grande dame, du nom de Ouei-Fou-jen, qui devient professeur d’écriture de Ouang-You-Kung, le calligraphe célèbre, auquel la Chine doit le meilleur modèle de ses caractères.
Sous les Thangs (de 684 à 701), une jeune fille, Mlle Tcheng-Tchao-Yung, occupe, pendant vingt ans, le poste de chef du cabinet des affaires de l’impératrice Tien-Hiao : pendant la durée de ses fonctions, aucun lettré de l’empire ne se vit délaissé et l’instruction littéraire reçut tous les encouragements possibles.
Une dame Li-Tsing-Tchao publie au dixième siècle plusieurs mélodies célèbres. Ses ouvrages sont reconnus encore aujourd’hui comme supérieurs à ceux des lettrés les plus distingués de la même époque.
Il faut que je m’arrête plus particulièrement aux femmes-poètes : de tout temps, elles ont été, chez nous, très nombreuses ; l’Empire du Milieu, sous ce rapport, ne le cède en rien à l’Occident ; peut-être même, la muse nous a-t-elle mieux traités. Il n’est guère en effet, de femme chinoise des classes supérieures, qui ne sache faire des vers.
Les sujets favoris de leurs poésies sont toujours les fleurs, la lune, les oiseaux, le zéphyr, la musique ; tous ces thèmes gracieux qui frappent l’imagination et dont la douceur s’harmonise si bien avec le caractère féminin. La femme aura toujours tendance à s’envoler vers ces régions plus délicatement poétiques, où elle se sent plus à l’aise, où elle est vraiment chez elle.
Voici quelques échantillons de poésies, composées par des femmes, et que je soumets avec confiance au jugement de mes lecteurs :
LE PRINTEMPS
Le froid qui règne, ne me permet pas encore d’ouvrir les stores de ma fenêtre.
Pourtant, les quatre-vingt-dix jours du printemps vont être bientôt écoulés.
Tout en jouant, je fabrique, avec des papiers multicolores, des drapeaux que je planterai au jardin.
Je veux qu’ils protègent, contre le vent et la pluie, les boutons des fleurs.
Une explication est ici nécessaire : les drapeaux en question étaient, par une antique superstition, voués à la reine des fleurs : en même temps, on y attachait des grelots, dont le son effrayait les oiseaux et préservait les semences.
FIN DE PRINTEMPS