Erreur énorme, qui provient de ce que les Européens, n’étant pas admis à voir nos femmes, les ont dépeintes d’après ouï-dire, ou suivant les données que fournissait au voyageur son imagination, plus ou moins riche. Ces peintures, faites de chic, comme on dit en style d’atelier, ne valent forcément que ce que peut valoir toute œuvre d’imagination pure. Essayons de substituer, à ces descriptions fantaisistes, l’image plus simple cet plus attrayante de la réalité.
Enfermée dans sa maison, la femme chinoise ne fait guère parler d’elle. En revanche, elle agit puissamment. Elle remplit, dans le silence, ses devoirs de femme et de mère ; aide son mari ou son fils de ses conseils, souvent plus réfléchis, plus prudents et plus sages que les décisions de l’homme.
Notre gouvernement a très bien su apprécier ce rôle de la femme : il la récompense souvent, en lui accordant des titres, des honneurs qui lui donnent même le droit de porter l’uniforme. Bien plus, en l’absence du mari, pour les cas d’urgence, la femme du fonctionnaire chinois a le droit de prendre connaissance des affaires et de leur donner la décision qu’elle croit convenable.
Ainsi avantagée par nos coutumes privées et publiques, la femme chinoise ne saurait être saint-simonienne. Émancipée, elle n’a pas lieu de réclamer son émancipation : elle tient, à côté de l’homme, une place assez importante pour n’avoir pas à demander davantage.
La nature destine l’homme et la femme à faire œuvre commune, à associer leurs forces. La concurrence, ici, n’a pas de raison d’être. L’homme, pour sa part, n’est que trop heureux de partager bonheur et honneurs avec celle qu’il aime ; la femme, de son côté, sachant bien que, seule, elle ne peut arriver à toute cette prospérité, a tout intérêt à pousser son mari, à coopérer à son élévation. Même douée du plus grand talent, la modestie est encore le plus bel ornement de la femme. Quelle plus belle destinée que celle d’un être plein de grâce et d’intelligence, qui sait se dévouer et rester dans l’obscurité ?
Il est cependant des femmes que les circonstances ont amenées à exercer une action tout individuelle. Aussi, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, la Chine célèbre-t-elle ses héroïnes, ses historiennes, ses femmes-poètes ou auteurs ; jamais, par exemple — je me hâte de l’ajouter — mon pays n’a connu une seule femme politique.
Et nous n’avons qu’à nous en féliciter. Artiste et poète, plus que l’homme, la femme se trouvera d’autant moins à l’aise dans l’action publique qu’elle aimera davantage le vrai et le beau : or beauté et vérité n’ont rien à faire avec la politique. Que la femme s’en tienne aussi éloignée que possible : elle y gagnera beaucoup… et nous aussi.
Les « femmes-auteurs » sont, au contraire, très nombreuses en Chine et très estimées, comme on va le voir dans le courant de cet exposé très sommaire.
Lorsque Confucius composa le Chi-King, ou Livre des Vers, il mit à la tête de ce recueil de trois cents odes, des strophes dues à l’inspiration d’une jeune fille.
Plus tard, au premier siècle, sous la dynastie des Han postérieurs, Mme Tsao-Tchao continua le traité d’histoire contemporaine, resté inachevé par suite de la mort de son frère, Pang-Kou. Elle fut chargée d’enseigner la littérature à l’impératrice et aux grandes dames de la cour.