Il n’est pas d’expression qui puisse dire de quel opprobre se couvrirait celui qui aurait ainsi trahi la cause qu’il servait autrefois. Méprisé par ses anciens amis ; méprisé par les fonctionnaires du nouveau régime ; méprisé par le peuple ; méprisé par sa propre famille qui le fuirait comme un pestiféré, le malheureux n’aurait plus qu’un seul refuge : le suicide.
J’ai dit que ceux des membres de la dynastie détrônée qui ont survécu à la guerre civile, pouvaient vivre tranquillement, à cette seule condition : rentrer dans le rang, renoncer à toute ambition, comme à toute trace de leur ancienne splendeur, et travailler pour vivre.
Cette règle est absolue : elle est appliquée avec une logique impitoyable, conforme d’ailleurs à ce principe exposé plus haut : que le plus grand des criminels, c’est le fauteur de troubles dans l’État. Nos philosophes, voyant bien que tout individu qui se livrerait à de pareilles tentatives, causerait nécessairement de grands malheurs : émeutes, insurrections, mort de nombreux citoyens, ont décidé sagement que de deux maux il fallait choisir le moindre ; qu’il était nécessaire de faire mourir un seul homme, pour l’empêcher d’en faire mourir beaucoup d’autres.
Aussi, la peine de mort attend-elle tout membre d’une maison expulsée du trône, qui se livrerait à la moindre tentative d’insubordination. Fait-il acte de prétendant ? Il est puni de mort. Cherche-t-il à grouper autour de lui un noyau d’hommes qui peut devenir dangereux ? La mort. Veut-il s’élever d’une manière quelconque au-dessus de la masse des habitants du pays ? Encore la mort. Songe-t-il même à attirer sur sa personne, à n’importe quel degré et de quelque manière que ce soit, l’attention du pays ou d’une fraction du pays ? La mort, toujours la mort !
Et c’est justice.
Profondément respectueux de ce que nos philosophes nous ont appris être le bien public, nous ne saurions en épargner les ennemis. Aussi, loin de nous attarder, dans ce cas, à des finesses juridiques, à des considérations futiles de procédure, nous marchons droit à l’ennemi, pour le frapper à la tête, comme disait le sage Machiavel.
LES BAS-BLEUS, EN CHINE
On a tant écrit sur la Chine, qu’il semble que tout ait été déjà dit : politique, géographie, histoire, mœurs, littérature, tout a été analysé, jusques et y compris les sensations fugitives que peuvent éprouver les fumeurs d’opium.
On pourrait donc croire, que tout ce qui peut prêter à développement littéraire a été vu, étudié, épuisé. Il n’en est rien. A côté de la Chine que chacun, aujourd’hui, sait par cœur, il en est une autre, encore inconnue : une Chine qu’on ne voit pas, parce qu’elle se cache modestement, mais qui n’en vaut pas moins la peine d’être étudiée par l’Europe.
C’est de la Chine féminine que je veux parler. L’Européen se fait, en général, de la femme chinoise, une idée très inexacte. Lisez le voyage de Dumont d’Urville : la femme chinoise n’y existe pas. Prenez-vous les récits d’autres voyageurs : la Chinoise y est dépeinte sous les traits peu flatteurs d’une esclave illettrée.