Nos penseurs ont toujours regardé la tranquillité intérieure comme la base de tout développement et de toute prospérité nationale.
Le renversement d’une dynastie leur apparaît comme le juste châtiment de fautes irréparables, commises dans l’exercice du pouvoir, et dont le souverain déchu, sa famille, ses fonctionnaires, partagent la responsabilité.
De là, toute une série de conséquences, qu’il importe d’exposer.
Toutes les fois qu’un souverain est tombé du pouvoir, il a perdu en même temps rang et fortune. La veille, il était l’homme le plus riche du monde. Le lendemain — s’il survit à sa chute, ce qui est assez rare — il n’est plus que l’homme le plus pauvre de l’empire et n’a d’autre ressource que de faire un métier, comme le premier venu.
Il en est de même pour tous les siens. Les héritiers directs, en général, succombent dans la lutte. Les autres deviennent des hommes privés. Dépouillés de tout titre, de toute dignité et de toute richesse, ils doivent gagner leur vie par le travail.
Sont soumis à la même règle, tous les fonctionnaires, sans exception, qui ont servi l’ancien régime. La nouvelle dynastie leur enlève leurs titres de noblesse, et tout ce qui pouvait les distinguer de la foule, dans laquelle ils sont obligés de se perdre, comme des gouttes d’eau dans l’Océan.
En quelques jours, depuis le haut jusqu’au bas de la hiérarchie, tous les agents politiques, administratifs et militaires quelconques, sont remplacés.
Et, non seulement nous sommes tous habitués à cette idée : qu’à une situation nouvelle il faut des hommes nouveaux ; non seulement nous ne pouvons nous imaginer qu’on nous vienne parler de droits acquis, à propos d’hommes politiques qui ont servi un régime frappé de déchéance, mais nous allons, dans cet ordre de pensées, bien plus loin encore.
Dans l’Empire du Milieu, en effet, le serviteur de la famille déchue ne peut point devenir le fonctionnaire du nouveau souverain. L’acceptation de fonctions déférées par celui qui a succédé à votre ancien maître, vous déshonorerait aux yeux de tous, comme à vos propres yeux.
Déchéance imposée par les mœurs, non par les lois.