Le principe du gouvernement n’est jamais en jeu. Le peuple ne demande qu’à vivre sous le régime patriarcal qui lui convient, et que les lettrés n’ont jamais cessé de lui représenter comme l’idéal nécessaire. Du moment que les événements répondent à cette conception primordiale, notre politique n’offre pas de changements. Y a-t-il eu contradiction entre ces aspirations et la réalité : la famille régnante, dans ce cas, a été expulsée, pour faire place à une dynastie plus digne.
Cette simplicité de notre politique a pour expression une simplicité correspondante, dans notre justice.
Les crimes politiques, dans la loi chinoise, peuvent se diviser nettement en deux catégories bien tranchées :
1o Crimes commis par les fonctionnaires, dans l’exercice de leurs fonctions ;
2o Crimes anti-dynastiques.
Les crimes commis par les fonctionnaires sont punis de trois peines : la prison, le bannissement, la mort.
La prison frappe les délits les moins graves. Le caractère essentiel de cette peine est que nous n’établissons, au point de vue du régime pénitentiaire, aucune différence entre le traitement infligé au détenu de droit commun et celui que subit le condamné politique.
Le banni subit sa peine dans les pays frontières, par exemple en Kashgarie. Le bannissement n’a pas de caractère infamant : il est purement afflictif. Ce n’est point chose rare que de voir l’homme ainsi frappé rentrer, après un exil temporaire et être élevé de nouveau à de hautes fonctions. C’est ainsi, par exemple, qu’après la guerre de l’Opium, le vice-roi Ling fut banni. Depuis il a été rappelé et réinstallé dans sa vice-royauté. Le bannissement est donc une leçon sévère, plutôt qu’une peine proprement dite.
La peine de mort est appliquée, dans les cas exceptionnellement graves. J’ai expliqué ailleurs le rôle que joue la Censure, toutes les fois qu’il s’agit de ce châtiment supérieur.
Passons maintenant aux crimes politiques proprement dits, aux crimes anti-dynastiques.