On a si peu fait! Il reste tant à faire! Pendant que l'on voit de toutes parts les publications littéraires des siècles anciens, poésies, romans, contes, facéties, remises au jour, en fort grand nombre, et agréés avec empressement par le public; c'est à peine s'il a paru deux cent cinquante mystères, farces ou moralités[2]!
À quoi attribuer l'indifférence de la foule, même des auteurs? n'est-ce pas à une sotte prévention?
Essayons de montrer que l'on se trompe si l'on croit ne rencontrer dans ces pièces que d'informes canevas sans action, sans style.
Je publierai successivement et les nombreuses observations que j'ai recueillies sur nos anciens dramaturges, et celles de leurs œuvres restées inédites qui me paraîtront le plus remarquables.
Je commence par deux farces, que je ne craindrais pas de décorer du nom de comédies, si le grand siècle ne se l'était pas exclusivement réservé pour ces œuvres comiques, dont il a emporté avec lui le secret.
On trouvera dans la Fille abhorrant mariaige, et dans la Vierge repentie, un sentiment exquis, un goût sûr, une portée philosophique et religieuse.
Ces farces,—ces comédies, si l'on veut,—ne portent pas le nom de leur auteur: est-ce à dire qu'il soit impossible à trouver? La manière d'écrire ne trahit-elle pas mieux quelquefois son homme qu'une signature, voire la plus authentique.
Ma foi, tout bien pesé, nous hasardons notre opinion, nous disons: Ces productions, à cause de l'esprit qui y règne, de la place où nous les avons rencontrées[3], de leur style exceptionnel, nous ont paru se rapprocher des œuvres de la sœur de François Ier, la célèbre Marguerite d'Angoulême.
Telle est la supposition que nous autorise à faire la grande quantité de pièces aujourd'hui perdues, dont on sait que cette princesse est l'auteur. Les nôtres portent justement la date de 1538, époque à laquelle florissait son théâtre, florissaient les troupes d'histrions qui le représentaient. Nous traiterons ce sujet ailleurs et plus longuement, et nous examinerons les chances de vérité que notre hypothèse peut offrir[4].
On remarquera que la mise en scène n'est pas développée; c'était l'usage habituel de ces temps, et d'ailleurs on la retrouve indiquée sommairement par le récit, d'après les lois de l'ancienne poétique.