Voyez, là-bas, ce groupe de femmes aussi belles que spirituelles, ne nous semblent-elles pas encourager du regard ces jeunes guerriers et leur dire: "Soyez braves, soyez grands, soyez généreux, soyez magnanimes, soyez de bons et de fidèles patriotes puis vous aurez notre coeur à jamais."

Oui, Messieurs, nous assistons à une grande, belle et noble fête. Ce n'est pas la fête d'une secte, d'un parti politique, c'est une fête nationale, dans toute la force du mot......

Aussi, un éminent écrivain a-t-il dit à propos de ces sortes de fêtes: "Il y a des fêtes nationales qui attirent autour du même souvenir ou de la même espérance les pensées, les amours et les joies de tout un peuple, et qui en font comme une seule famille liée par un même sentiment et perdue dans une commune allégresse. Toute fête qui se rattache à un souvenir bien compris, à une idée profondément sentie, toute fête qui a un sens pour l'esprit, et qui se produit à l'extérieur qu'après avoir passé par l'âme, est sainte, auguste et digne d'une nation......"

M. Harwood lit ensuite l'histoire du héros de Châteauguay et termina son discours par les paroles suivantes:

En contemplant cette statue, le vieillard dira à son petit-fils les exploits du héros de Châteauguay!! Fasse le ciel que ce moment ne cesse jamais de proclamer A toutes les classes, à toutes les conditions, à tous les âges, la grandeur et l'importance des évènements qu'il est destiné à rappeler. Puisse l'enfance y venir apprendre, des lèvres maternelles, le but et l'objet de son érection... Puisse l'homme découragé et abattu, l'homme aux prises avec les luttes, les déboires et les chagrins de la vie, y venir remonter son courage aux grands souvenirs que ce monument réveille...... Puisse l'artisan, fatigué des rudes travaux du jour, y jeter un simple regard en passant...... Ah! comme il se sentira soulagé...... et si jamais la patrie est en danger, puisse le citoyen y venir retremper son patriotisme en contemplant les nobles traits de cet homme qui a si bien mérité de la patrie, de ce patriote par excellence.

Puisse cette statue être le dernier objet qui frappe le regard du jeune homme de Chambly en laissant le sol natal pour l'étranger, et puisse cette statue être encore le premier objet sur lequel ses yeux se porteront à son heureux retour...... Oui, cette statue... toujours cette statue, avec son glorieux souvenir.

Et pour nous, Messieurs, que venons nous apprendre au pied de cette statue? l'amour de la patrie... car, comme a dit un grand écrivain français: c'est Dieu qui a mis l'amour de la patrie dans le coeur des hommes, un jour où il leur à commandé d'honorer le tombeau des ancêtres, de suivre les lois donnée à leurs pères, de défendre l'autel, le temple, ou le tabernacle, où ils avaient prié!... Ce jour là, il leur a fait un commandement d'aimer la patrie; car la patrie, c'est le passé, gardé par le présent et légué à l'avenir... c'est la génération vivante veillant sur les cendres de la génération morte, et disant à celles qui vont suivre: "aimez ce que nous avons aimé, honorez ce que nous avons honoré, et que notre Dieu soit à jamais votre Dieu."

Oui, Messieurs, nous sommes venus içi pour y apprendre le patriotisme.

Permettez-moi, Messieurs, en terminant. de m'écrier ici, comme jadis un grand orateur français:—Avez-vous réfléchi, Messieurs, à ce qu'était le patriotisme?

Écoutez! Sans doute, pour l'homme religieux, pour le philosophe, pour l'homme d'État, la patrie ce compose d'abstractions sublimes: la patrie, c'est la succession continue d'une race humaine possédant le même sol, parlant la même langue, vivant sous les mêmes lois, et qui, ne mourant jamais, se perfectionne en se renouvelant toujours, comme un être immortel qui n'a que Dieu avant lui et Dieu après lui... Mais, pour l'homme des champs, la patrie est quelque chose de plus sensuel, de plus réel, de plus près du coeur. Ce qu'il aime dans la patrie, c'est ce petit nombre d'objets auxquels son âme est attachée toute sa vie; c'est la maison, c'est la famille, ce sont toutes ces images sensibles devenues des sentiments pour lui. Riche ou pauvre, peu importe, c'est le toit et l'espoir de sa vie. Il y a autant de patriotisme dans le petit champ que dans le grand domaine; il y a autant de patriotisme dans la masure dégradée et couverte de chaume et de mousse que dans la demeure élevée et resplendissante au soleil. C'est pour cela qu'on vit, c'est pour cela qu'on meurt avec joie quand il faut les défendre contre la profanation du pied étranger.