Cette parole m'a fait pleurer, et j'ai répondu avec élan: «Dites-lui que je l'aime plus qu'autrefois. Dites-lui qu'il ait pitié de sa pauvre fille!»
Il serra mes mains entre ses mains calleuses, et reprit avec calme: «Ma chère petite maîtresse, je sais que la terre vous paraît aussi vide qu'une coquille d'oeuf, je sais que la vie vous semble bien dure. Mais croyez-moi, c'est l'affaire d'un moment. La vie passe comme un rêve.»
Pauvre Marc! la sienne est finie. Je l'ai assisté jusqu'à la fin. Non, Dieu n'a point fait la mort—la mort qui sépare—la mort si terrible même à ceux qui espèrent et qui croient.
18 septembre.
C'est fini. Je ne verrai plus cet humble ami, cet honnête visage que je retrouve dans la brume de mes souvenirs. Je l'ai veillé religieusement, comme il l'avait fait pour mes parents, comme il l'eût fait pour moi-même, et maintenant je dis de tout mon coeur avec l'église: Qu'il repose en paix!
Oh! qu'elle est profonde cette paix du cercueil; comme elle attire les coeurs fatigués de souffrir. Et pourtant, la mort reste terrible à voir en face!
Ces angoisses de l'agonie, cette séparation pleine d'horreur
«C'est la mort qui nous revêt de toutes choses, mais, comme ajoute saint Paul, «nous voudrions être revêtus par dessus,» et le dépouillement de notre mortalité, cette dissolution d'une partie de nous-mêmes reste le grand châtiment du péché.
Ah! quand même l'Église n'en dirait rien, mon coeur m'apprendrait que Jésus-Christ n'a pas abandonné sa mère, à la corruption du tombeau.
Ô Dieu, que n'aurais-je pas fait pour en préserver mon père! Mais il faut que la sentence s'exécute, il faut retourner en poussière. Et pourtant malgré les tristesses de la tombe, c'est là que ma pensée se réfugie et se repose—là sur le «lit préparé dans les ténèbres»—où chacun prend place à son tour.