Oh! la grâce, la puissante grâce de Dieu.
Sans doute, la douleur de la séparation était là terrible et toute vive. Cette robe noire que Mina me fit mettre… Jamais je n'avais porté de noir, et un frisson terrible me secoua toute. Ce froid de la mort et du sépulcre, qui courait dans toutes mes veines, m'a laissé un souvenir horrible. Mais au fond de mon âme, j'étais forte, j'étais calme, et avec quelle ardeur je m'offrais à souffrir tout ce qu'il devait à la justice divine!…
Combien de fois, ensuite, n'ai-je pas renouvelé cette prière! Quand l'ennui me rendait folle, j'éprouvais une sorte de consolation à m'offrir pour que lui fût heureux.
Mais nos sacrifices sont toujours misérables, et bien indignes de
Dieu. Bénie soit la divine condescendance de Jésus-Christ qui
supplée par le sien à toutes nos insuffisances. Adorable bonté!
Comment daigne-t-il m'entendre quand je dis: Pour lui! pour lui!
Ô mon Dieu, soyez béni! Tous les jours de ma vie je prierai pour mon père. Mieux que personne, pourtant je connaissais son âme. Je sais que sous des dehors charmants il cachait d'admirables vertus et des renoncements austères. Je sais que sa fière conscience ne transigeait point avec le devoir. Pour lui, l'ensorcellement de la bagatelle n'existait pas; il n'avait rien de cet esprit du monde que Jésus-Christ a maudit, et il avait toutes les fiertés, toutes les délicatesses d'un chrétien. Mais que savons-nous de l'adorable pureté de Dieu?
Si réglé qu'il soit, un coeur ardent reste bien immodéré. Il est si facile d'aller trop loin, par entraînement, par enivrement. Ne m'a-t-il pas trop aimée? Bien des fois, je me le suis demandé avec tristesse.
Mais je sais avec quelle soumission profonde il a accepté la volonté de Dieu qui nous séparait. Puis—ô consolation suprême!—il est mort entre les bras de la sainte Église, et c'est avec cette mère immortelle que je dis chaque jour:
«Remettez-lui les peines qu'il a pu mériter, et comme la vraie foi l'a associé à vos fidèles sur la terre, que votre divine clémence l'associe aux choeurs des anges. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.»
22 septembre.
Il fait un vent fou. La mer est blanche d'écume. J'aime à la voir troublée jusqu'au plus profond de ses abîmes. Et pourquoi? Est-ce parce que la mer est la plus belle des oeuvres de Dieu? N'est-ce pas plutôt parce qu'elle est l'image vivante de notre coeur? L'un et l'autre ont la profondeur redoutable, la puissance terrible des orages, et si troublés qu'ils soient…