Dans ce qui m'a été dit sur votre compte, une chose surtout m'a fait plaisir: c'est l'unanime témoignage qu'on rend à votre franchise.

Ceci me rappelle que l'an dernier, un de vos anciens maîtres me disait, en parlant de vous: «Je crois que ce garçon-là ne mentirait pas pour sauver sa vie.» À ce propos, il raconta certains traits de votre temps d'écolier qui prouvent un respect admirable pour la vérité. «Alors, dit quelqu'un, pourquoi veut-il être avocat?» Et il assura avoir fait un avocat de son pupille, parce qu'il avait toujours été un petit menteur.

Glissons sur cette marque de vocation. Votre père était l'homme le plus loyal, le plus vrai que j'aie connu, et je suis heureux qu'il vous ait passé une qualité si noble et si belle. J'espère que toujours vous serez, comme lui, un homme d'honneur dans la magnifique étendue du mot.

Mon cher Maurice, vous savez quel intérêt je vous ai toujours porté, surtout depuis que vous êtes orphelin. Naturellement, cet intérêt se double depuis que je vois en vous le futur mari de ma fille. Mais avant d'aller plus loin, j'attendrai de savoir si vous acceptez nos conditions.

C. de Montbrun.

(Maurice Darville à Charles de Montbrun)

Monsieur,

Je n'essaierai pas de vous remercier. Sans cesse, je relis votre lettre pour me convaincre de mon bonheur.

Mademoiselle votre fille peut-elle croire que je veuille la séparer de vous? Non, mille fois non, je ne veux pas la faire souffrir. D'ailleurs, sans flatterie aucune, votre compagnie m'est délicieuse.

Et pourquoi, s'il vous plaît, ne serais-je pas vraiment un fils pour vous? Je l'avoue humblement, je me suis parfois surpris à être jaloux de vous; je trouvais qu'elle vous aimait trop. Mais maintenant je ne demande qu'à m'associer à son culte; il faudra bien que vous finissiez par nous confondre un peu dans votre coeur.