Chère amie, M. de Montbrun me juge mal. Je ne demande qu'à me démondaniser. J'avais résolu d'arriver chez vous avec une simple valise, comme il convient à une âme élevée qui voyage.

Mais on sait rarement ce qu'on veut et jamais ce qu'on voudra: j'ai fini par prendre tous mes chiffons. Vraiment, je n'y comprends rien, et devant mes malles pleines et mes tiroirs vides, je me surprends à rêver.

Ma belle, il faudra que vous m'aidiez à passer quelques-unes de mes malles en contrebande. Je crains le sourire de M. de Montbrun. Au fond, quel mal y a-t-il à vouloir se bien mettre pourvu qu'on ait du goût.

Si Mlle de Montbrun est indifférente à la parure, c'est qu'en étudiant sa ressemblance, elle s'est aperçue qu'elle pouvait parfaitement s'en passer. Moi, je ne puis pas me donner ce luxe. Voilà, et dites à M. votre père que je n'aurai pas été une semaine à Valriant sans lui découvrir bien des défauts.

J'envisage sans effroi une petite causerie avec lui, quoiqu'il ait parfois des mots durs. Ainsi, l'hiver dernier, dans une heure d'épanchement, je lui avouai que j'étais bien malheureuse—que je n'avais pas le temps d'aimer quelqu'un qu'aussitôt j'en préférais un autre,—et au lieu de me plaindre, cet austère confesseur m'appela dangereuse coquette.

N'importe, ma chère, je ne vous blâme pas de l'aimer, et même, il m'arrive de dire que c'est une belle chose d'être obligée à ce devoir.

Si vous m'en croyez, nous réfléchirons avant de faire abdiquer Mme
Monique. M. de Montbrun vous croit la perle des ménagères, mais,

Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier

Pourtant, je hais l'usurpation. Je suis légitimiste. Dites à M. de
Montbrun que nous allons aviser ensemble à donner un roi à la
France.

Ma chère, je suis sûre que ma chambre me plaira. Seulement, je n'aime pas la nature riante. Il me faudrait une allée bordée de sapins, pour mes méditations. Quant à Maurice, je crois qu'il n'en a pas besoin, et sa pensée m'a l'air de s'en aller souvent tout au bout d'un jardin, tout au bord d'un étang.