Les gelées ont déjà bien ravagé le jardin. Cette belle verdure que vous avez tant regardée, tant admirée, d'un jour à l'autre, je la vois se flétrir. Je vais la voir disparaître et cela m'attriste. C'est la première fois que l'automne me fait cette impression.
On dirait, Maurice, que vous m'avez laissé votre mélancolie. J'ai des pitiés, des sympathies pour tout ce qui se décolore, pour tout ce qui se fane.
Vous m'appelez votre immortelle bien-aimée; Maurice, la belle parole! qu'elle m'a été à l'âme et qu'elle m'est délicieuse.
Et pourtant, on dit qu'il n'y a point d'amour éternel, que le rêve de l'amour sans fin, toujours poursuivi, l'a toujours été en vain sur la terre. Quand ce que j'ai lu là-dessus me revient, et me fait penser, je relis votre lettre et je goûte au fond de mon coeur cette parole céleste: Mon immortelle bien-aimée.
Vous ai-je dit de mettre dans votre chambre l'image de la Vierge que je vous ai donnée? N'y manquez pas. Bien souvent, je lui demande de vous avoir en sa garde très douce et très sûre. Priezla aussi pour moi, et je vous en conjure, aimez-moi en Dieu et pour Dieu afin que votre coeur ne se refroidisse jamais.
Vôtre pour la vie et par delà.
Angéline.
(Maurice Darville à Angéline de Montbrun)
Mon amour, ma beauté, mon coeur, ma vie,
Si je comprends, vous voulez que je vous aime par charité. Je vous avoue que j'en serais fort empêché. Mais je suis très reconnaissant à Dieu, qui vous a faite telle que vous êtes. Est-ce que cela ne suffit pas, grande songeuse? …