Pardonne-moi d'avoir ri. Tu as peut-être la plus belle voix du pays, mais prends garde, M. de Montbrun dirait:
Le vent qui vient à travers la montagne…
Achève, et crois-moi, n'ouvre pas trop ta fenêtre aux vagues rumeurs de la nuit: tu pourrais t'enrhumer, ce qui serait dommage. Si absolument tu ne peux dormir, eh! bien, fais des vers. Nous en serons quittes pour les jeter au feu à ton retour.
M.
(Maurice Darville à sa soeur)
Chère Mina,
Tu feins d'être ennuyée de mes confidences, mais si je te prenais au mot… comme tu déploierais tes séductions que de câlineries pour m'amener à tout dire! Pauvre fille d'Ève!…
Mais ne crains rien. Je dédaigne les vengeances faciles.
D'ailleurs, mon coeur déborde. Mina, je vis sous le même toit qu'elle, dans la délicieuse intimité de la famille; et il y a dans cette maison bénie un parfum qui me pénètre et m'enchante.
Je me sens si différent de ce que j'ai coutume d'être. La moindre chose suffit pour m'attendrir, me toucher jusqu'aux larmes. Mina, je voudrais faire taire tous les bruits du monde autour de ce nid de mousse, et y aimer en paix.