—C'est beau, et je suis heureux, me dit-il.
—Alors, remercions Dieu, car moi aussi je suis heureuse.
Il ne répondit rien, mais je vis briller cette flamme lumineuse qui s'allume parfois dans son regard.
Les conversations s'éteignaient; je ne sais pourquoi mon âme inclina tout à coup à la tristesse: notre vie s'écoule, pensai-je en écoutant le bruit des vagues sur la grève, chaque flot en emporte un moment. Presque sans me rendre compte de ce mouvement, je me tournai vers Francis:
—Vous connaissez cette pensée d'une femme célèbre: Sommes-nous heureux, les bornes de la vie nous pressent de toutes parts.
—C'est douloureusement vrai.
Et nous parlâmes de cette soif de l'infini qui fait notre tourment et notre gloire. Sa sensibilité, si vive et si profonde, le rendait parfois éloquent. Jamais je n'avais compris, comme en l'écoutant, notre misère très auguste, notre grandeur très misérable. J'aurais voulu lui dire quelle force les catholiques trouvent dans la communion, mais je n'osai pas. Il faut avoir reçu Jésus-Christ dans son cœur, pour comprendre la joie de cette union qui éteint tous les désirs. La belle voix d'Elmire chantait:
Vole haut, près de Dieu; les seules amours fidèles sont avec lui.
Ces paroles me marquèrent, et Francis s'en aperçut. Il se mit à me parler de son amour pour moi:
—Je préférerais vous entendre dire que vous aimez Dieu.