Il me répondit avec une douceur incomparable:
—Si vous l'aimiez moins, je ne vous aimerais pas comme je vous aime.
On le pria de chanter. Il y consentit et me dit:
—Je n'ai jamais chanté depuis la mort de mon pauvre Charles, mais aujourd'hui il me semble que je trouverai de la douceur à vous chanter quelque chose que ce cher ami aimait et chantait souvent.
Il commença les Adieux de Schubert. Ah! quelle émotion, quelle puissance de sentiment il y avait dans sa voix, et comme j'aurais voulu être seule pour pleurer à mon aise! Qu'elle est touchante cette amitié qui survit à la mort, au temps et à l'amour! Certes, je suis profondément sensible à tout ce qui le touche. Je donnerais ma vie pour lui épargner une douleur, et pourtant je vois avec une sorte de joie que rien ne le consolera jamais entièrement de la mort de son ami. Il est si bon d'être aimé d'un cœur qui n'oublie point! Oui, je le sais, son ami lui manquera toujours, toute ma tendresse sera impuissante à le consoler complètement, mais aussi, si je mourais, personne ne me remplacerait dans son cœur. Dieu seul pourrait le consoler, et de lui je ne suis pas jalouse.
Nous laissâmes l'île vers le soir. Le retour fut enchanteur. Je regardais autour de moi, et une sécurité profonde, une paix inexprimable remplissait mon cœur.
Ô mon Dieu, vous êtes bon, la vie est douce et la terre est belle!
Le mariage de Thérèse était fixé à l'été suivant. Dans le mois de juin elle écrivait dans son journal:
“Mon Dieu, pourquoi ne m'exaucez-vous pas? J'attendais tant des prières continuelles que je fais faire pour lui, et voilà que je suis bien près de désespérer.