De ce moment je n'eus pas d'espérance. Avec une douleur affreuse, mais sans surprise, je vis tous les efforts de la science échouer complètement. Le mal fit des progrès aussi prompts que terribles. Thérèse demanda son confesseur et Francis. Le prêtre vint le premier. Pendant qu'il entendait sa confession, je m'approchai d'une fenêtre qui donnait sur l'église du Gesù. La lampe brillait dans le sanctuaire, et je disais au Christ en pleurant amèrement: Seigneur, ayez pitié de moi! Faut-il qu'elle meure pour qu'il se convertisse? La nuit était délicieusement calme et belle. Oh! quel contraste entre la désolation de mon âme et le radieux éclat des cieux. J'entendis arriver M. Douglas. J'aurais voulu aller au-devant de lui pour le préparer un peu à la terrible vérité, mais je n'en eus pas la force. Il entra la figure bouleversée. Pas un des médecins présents ne hasarda une parole d'espérance. Le malheureux jeune homme se jeta dans un fauteuil et cacha son visage dans ses mains. La porte de la chambre de Thérèse s'ouvrit bientôt. Je touchai le bras de M. Douglas, qui se leva et me suivit. Le prêtre, encore revêtu de son surplis, priait devant l'image de la Sainte Vierge. Thérèse tendit la main à Francis, qui s'agenouilla à côté de son lit et sanglota comme un enfant. Alors elle se troubla, quelques larmes coulèrent sur son visage; mais, se remettant bientôt, elle lui parla avec fermeté et tendresse.
—Francis, lui dit-elle, c'est la volonté de Dieu. Il faut s'y soumettre, car il est notre Père. Cher ami, je vous aimerai plus au ciel que sur la terre.
La douleur de M. Douglas était effrayante, et ma courageuse enfant oubliait ses terribles souffrances pour le consoler et l'encourager. Il survint un étouffement qui fit croire qu'elle allait expirer. Quand il fut passé, elle mit sa main sur la tête de Francis toujours à genoux à côté d'elle, et levant les yeux sur l'image de la Vierge:
—Mère, dit-elle avec un accent que je n'oublierai jamais, il ne vous connaît pas, il ne vous aime pas; mais moi qui par la grâce de Dieu, vous connais et vous aime, je vous le confie, je vous le donne, je vous le consacre. Obtenez de Jésus-Christ, je vous en conjure, qu'il nous réunisse pour l'éternité dans son amour.
Elle reçut les sacrements avec une ferveur céleste, et aussitôt après l'agonie commença.
Je passe sur cette heure dont le souvenir m'est resté si cruel. À cinq heures, juste aux premiers tintements de l'Angélus, elle expira. Peu à peu, je sentis son doux visage se refroidir. Alors, prenant le crucifix que ses mains glacées étreignaient encore, je le donnai à Francis.
Deux sœurs de charité vinrent pour l'ensevelir. Quand tout fut terminé, j'entrai dans la chambre mortuaire, que les religieuses avaient ornée avec un soin pieux. Les fleurs y répandaient un parfum suave. M. Douglas était à genoux près du lit sur lequel Thérèse semblait dormir dans sa blanche et gracieuse parure de noces. Son voile retombait à demi sur son charmant visage, d'une pâleur transparente. Un chapelet, à grains de corail d'un rouge éclatant, était passé à son cou, et la croix brillait entre ses mains jointes. Je baisai ses douces lèvres, ses yeux fermés pour jamais, et la regardai longtemps.
Le matin des funérailles, quand vint le moment de la mettre dans son cercueil, Francis s'approcha, prit la main gauche de Thérèse, lui mit son anneau de mariage, et ensuite il l'embrassa sur les lèvres. Le jeune homme, aussi pâle qu'elle, soutint sa tête pendant que je coupais ses beaux cheveux bruns; puis, la prenant dans ses bras, il la déposa sur le lit du repos suprême. Nous restâmes longtemps à la regarder, et ma pensée se reportait aux jours d'autrefois, alors qu'après l'avoir endormie dans mes bras et couchée dans son petit lit, je m'oubliais à la regarder dormir. Enfin, Francis releva son voile, et lentement, tenant toujours les yeux fixés sur elle, il lui couvrit le visage. Ô mon Dieu, quand je paraîtrai devant vous, souvenez-vous de ce que j'ai souffert à ce moment terrible!
Après les funérailles, on m'apporta un billet de M. Douglas. Il m'annonçait qu'il s'éloignait pour quelque temps, et s'engageait à me donner bientôt de ses nouvelles. Quelques jours plus tard, je reçus la lettre suivante:
Madame,