Je suivis Thérèse dans sa chambre. Après la prière, que nous fîmes ensemble, elle prit le charmant bouquet de roses que Francis lui avait apporté ce jour-là et le plaça devant l'image de la Vierge. Rentrée dans ma chambre, je priai avec ferveur demandant à Dieu la force de supporter l'éloignement de ma fille chérie. Hélas! que j'étais loin de prévoir le coup terrible qui allait me frapper!
Je dormais depuis quelque temps quand je fus réveillée par un rêve pénible. Je me levai pour me remettre, et je passai dans la chambre de Thérèse. Elle était assise sur son lit, la figure si altérée, si bouleversée qu'une crainte horrible me serra le cœur; elle essaya pourtant de sourire en me disant qu'elle ressentait une étrange douleur à la gorge. J'envoyai aussitôt chercher un médecin. Quand je revins, elle me pria de placer un cierge devant l'image de la Vierge et voulut elle-même l'allumer. Puis, joignant les mains, elle se recueillit dans une prière fervente. Ensuite elle me passa les bras autour du cou, me rapprocha d'elle, et me fit baiser le crucifix que je lui avais donné le jour de sa première communion, et qu'elle avait toujours porté depuis.
—Mère, dit-elle, vous savez que la volonté de Dieu doit toujours être adorée et bénie. Je ne me suis jamais sentie orpheline, continua-t-elle tout attendrie, car vous avez été pour moi la meilleure des mères; que Dieu vous récompense et qu'il vous console, ajouta-t-elle avec effort, car je sais que je vais mourir.
—Mon enfant, répondis-je toute troublée, comment peux-tu parler ainsi? La souffrance t'égare.
Elle me regarda; je vois encore l'expression de ses beaux yeux calmes et profonds.
—Écoutez, dit-elle; j'ai offert à Dieu mon bonheur et ma vie pour la conversion de Francis. Mon sacrifice est accepté, j'en suis sûre. N'en dites rien à Francis. Il vaut mieux qu'il l'ignore jusqu'à ce que Dieu l'éclaire.
Ces paroles retentirent dans mon cœur comme son glas funèbre. Ô mon Dieu, pardonnez-moi. Il me sembla que c'était payer trop cher le salut d'une âme. Je la regardais avec égarement; je l'étreignis dans mes bras comme pour la disputer à la mort et je lui dis à travers mes sanglots:
—C'est trop cruel. Thérèse, mon enfant, rétracte-toi.
—Laissons faire le bon Dieu, répondit-elle simplement. Il saura vous consoler, vous et lui. J'ai eu, moi aussi, un moment d'angoisse terrible, maintenant c'est passé.
Et alors elle me dit qu'en voyant comme Francis demeurait préjugé, aveuglé, malgré les prières continuelles qu'elle faisait faire pour sa conversion, elle avait cru que Dieu voulait peut-être la faire contribuer à son salut plus que par la prière, et qu'elle avait offert son bonheur et sa vie pour lui obtenir la foi.