L'amitié, Madame, vous fait hommage de cette édition. L'Auteur vous l'eût offerte lui-même assurément, s'il eût eu, comme moi, le plaisir de vous connoître.

Recevez, Madame, les assurances du respectueux dévouement de

Votre t. v.

J.-Fr. Bastien, éditeur.

VIE
DE STERNE.

Laurent Sterne naquit dans la capitale d'Irlande. Il étoit fils d'un officier, et arrière-petit-fils d'un archevêque: un de ses oncles étoit prébendaire de la cathédrale de Dublin: ce qui lui procura beaucoup de relations avec le clergé.

Destiné lui-même à parcourir cette carrière, il entra fort jeune à l'université de Cambridge, où il développa des talens particuliers. La gaieté de son caractère, la vivacité de son imagination, son génie, les saillies de son esprit, la tournure de ses idées l'annoncèrent de bonne heure.

Malgré toutes ces qualités, il vécut cependant quelque temps fort peu connu à Sulton, dans la forêt de Gastres. Son revenu étoit très-modique, et ne consistoit que dans les foibles rétributions d'un vicariat qu'il avoit obtenu dans le comté d'Yorck.

Sans ambition, il seroit peut-être resté toute sa vie dans cette obscurité, si une occasion particulière ne l'eût fait connoître.

Un de ses amis sollicitoit la survivance d'un bénéfice important, dont le titulaire vouloit faire assurer les revenus à sa femme et à son fils après sa mort. Sterne trouva que c'étoit bien assez qu'il en jouît pendant toute sa vie, et il se joignit à son ami pour empêcher cette substitution singulière. Mais ils n'avoient ni l'un ni l'autre assez d'intrigue; leurs soins n'eurent aucun succès, et leur adversaire réussit. Sterne, piqué, chercha les moyens de se venger, il ne trouva que celui de faire une satyre contre le simoniaque. Elle opéra si vivement sur l'esprit de cet homme, qu'il fit prier Sterne de la supprimer. Cela n'étoit pas possible, déjà elle étoit répandue; mais la crainte qu'elle ne fût suivie de quelqu'autre, fit le même effet. Le bénéficier résigna son bénéfice à l'ami de Sterne, et cette aventure lui fit avoir à lui-même, sans la demander, une des meilleures prébendes de la cathédrale d'Yorck. Cet ouvrage étoit intitulé: Histoire d'un bon gros manteau avec un tapabor de l'espèce la plus chaude, dont l'heureux possesseur ne seroit pas content, s'il n'en pouvoit couper assez pour faire une juppe à sa femme, et une culotte à son fils.