Tel fut celui-ci. Il fallut beaucoup moins de temps à Phutatorius, que je n'en mets à le dire, pour tirer la châtaigne de l'endroit où elle étoit, et la jeter avec violence sur le parquet.
CHAPITRE XCVIII.
Qu'en va-t-il faire?
La châtaigne qui avoit frappé le coin d'une commode, revenoit sur elle-même en roulant. Yorick se lève avec précipitation, l'attrape et la garde.
CHAPITRE XCIX.
Nouvelles conjectures.
N'est-ce pas une chose curieuse que d'observer le triomphe que les plus petits incidens remportent sur l'esprit? quel poids n'ont-ils pas dans une infinité de circonstances! combien de fois ne maîtrisent-ils pas l'opinion des hommes! ils règlent presque tout. Une bagatelle suffit souvent pour porter la certitude dans l'ame, et pour l'y invétérer si fortement, que les démonstrations d'Euclide ne seroient pas assez puissantes pour l'en faire sortir.—
Yorick venoit de ramasser la châtaigne. L'action étoit légère: il ne la ramassa que parce qu'il s'imagina tout simplement qu'elle n'en valoit pas moins, et qu'il tenoit qu'une bonne châtaigne méritoit bien d'être ramassée. Voilà quels furent les motifs d'Yorick; mais cet événement, tout frivole qu'il est, se présenta sous un autre point de vue dans l'esprit de Phutatorius.—
Oh! oh! dit-il, quelle précipitation, quel empressement pour ramasser ce maudit brûlot! Ah! je vois d'où cela vient: c'est une indication que la châtaigne étoit à lui.
La table étoit longue et étroite. Yorick étoit placé vis-à-vis de Phutatorius, et la position étoit avantageuse pour lui jouer quelque tour.
Je n'en doute point, dit Phutatorius, il m'avoit sûrement jeté là sa châtaigne par malice.
Le coup-d'œil qu'il donna sur le champ à Yorick mit aussitôt tout le monde au fait de ce qui se passoit dans son esprit.