Hé bien, frère, dit mon oncle Tobie, qui regardoit les deux mortiers avec un plaisir infini, je vous les paierai… Mon oncle Tobie les examina de plus près… Oui, dit-il, en fouillant dans son gousset, je vous les paierai, frère, et sur le champ, et de bon cœur.
Frère Tobie, dit mon père, en baissant la voix, vous ne faites pas assez d'attention à vos dépenses. Vous jetez, vous dissipez votre argent sans y prendre garde, et pourvu qu'il soit question d'un siége…
Mais, dit mon oncle Tobie, n'ai-je donc pas cent vingt guinées de revenu, sans compter ma demi-paie.
Et qu'est-ce que cent vingt guinées, dit mon père, quand il vous en coûte déjà dix pour une paire de vieilles bottes fortes? comptez-en douze ensuite pour vos pontons, autant pour votre pont-levis à la Hollandoise… Ajoutez-y ce qu'il vous en coûtera pour le petit train d'artillerie dont vous parliez l'autre jour, et pour toutes les autres préparations de votre siége de Messine… Crois-moi, mon cher Tobie, dit mon père en le prenant par la main, ces opérations militaires sont au-dessus de tes moyens. Tu m'entends?… elles te jettent sans cesse dans de plus grandes dépenses que tu ne l'avois prévu.—Crois-moi. Elles te ruineront à la fin, tu t'appauvriras…
Eh! qu'importe, reprit mon oncle, si c'est pour le bien de la nation?
Mon père ne put s'empêcher de sourire en lui-même. Sa colère, quelque vive qu'elle fût, n'étoit jamais qu'une étincelle, et le zèle et la simplicité de Trim, et la généreuse marotte de mon oncle Tobie, le reconcilièrent sur le champ avec eux, et avec sa bonne humeur.
CHAPITRE XLIII.
L'Invocation inutile.
Apparemment que les choses vont bien là-haut, dit mon père; car on y est bien tranquille.
Ça est vrai, dit mon oncle Tobie.