Tout cela étoit très-bien, très-savamment, très-profondément, très-philosophiquement raisonné; mais quand il fallut mesurer le diamètre, ces messieurs se trouvèrent sans compas.

Les logiciens, et cela devoit être, s'écartèrent beaucoup moins du sujet que les physiciens et les médecins. Ils commençoient et finissoient toujours leurs argumens et leurs réponses par le mot même, qui exprimoit l'objet dont il étoit question. On ne pouvoit pas l'oublier; et sans une pétition de principe qui tomba, je ne sais comment, dans l'esprit de l'un d'eux, c'en étoit fait; la chose eût été déterminée dans une séance.

Mais, dit-il inopinément, vous parlez d'un saignement de nez: un nez ne peut saigner s'il n'y a du sang; encore faut-il qu'il y circule. Atqui, la mort n'étant autre chose qu'une cessation absolue du mouvement du sang… Nego minorem, reprit brusquement un antagoniste. Je soutiens que la mort est la séparation de l'ame et du corps.

Oui?… et moi je ne suis point d'accord sur ce principe.

Eh bien! ne disputons point que nous ne nous y soyons mis.

La chose en resta là, et le nez ne fut pas encore expliqué par ces messieurs.

Les gens de loi voulurent aussi résoudre la difficulté. Ils n'y virent que des motifs de déployer la rigueur des loix. Commençons toujours par décréter le Quidam de prise de corps, et puis nous verrons.

De deux choses l'une, disoient-ils; ou son nez est réel, ou il est faux. S'il est réel, on ne peut légalement le souffrir dans la société civile, parce qu'il en trouble l'ordre et l'harmonie: si, au contraire, il est faux, c'est en imposer à la société, cela mérite encore moins d'indulgence; ainsi décrétons.

Il s'éleva une question: ce fut de savoir s'il ne seroit pas plus judicieux de porter le décret contre le nez, quel qu'il fût, que contre celui qui en étoit le malheureux ou le fortuné porteur.

Il y eut de longs débats sur ce point, et des pour et contre très-érudits. La proposition fut rejetée par la loi 44, §. 1. ad leg. qui rend les maîtres responsables des délits de leurs domestiques.