....... .......... ...

....... .......... ...

«O ciel! il est parti, s'écria mon oncle Tobie!—Qui? quoi? s'écria mon père.—Mon neveu, dit mon oncle Tobie.—Comment! mon fils! sans permission! sans argent! sans gouverneur!—Hélas, mon cher frère! il est mort, dit mon oncle Tobie.—Mort! s'écria mon père, sans avoir été malade?—Le pauvre garçon! dit mon oncle Tobie, en baissant la voix, et avec un profond soupir!—le pauvre garçon! il a bien été assez malade, puisqu'il en est mort.»

Nous lisons dans Tacite, que lorsqu'Agrippine apprit la mort de Germanicus, ne pouvant modérer la violence de sa douleur, elle quitta brusquement son ouvrage.—Mon père, au contraire, frappa une seconde fois de son compas sur Nevers; mais beaucoup plus fort que la première.—Quels effets différens produits par la même cause! et mêlez-vous après cela de raisonner sur l'histoire.

Ce que fit ensuite mon père, mérite, à mon avis, un chapitre particulier.

CHAPITRE V.
Pensées sur la Mort.

C'est un des moralistes anciens,—Platon, Plutarque, ou Sénèque, Xénophon, ou Epictète, Théophraste, ou Lucien,—ou quelqu'un d'une date plus moderne,—Cardan ou Budæus, Pétrarque ou Stelle, peut-être même est-ce quelque père de l'église,—Saint-Augustin, Saint-Cyprien ou Saint-Bernard;… mais enfin c'est un de ceux-là qui nous apprend, qui nous assure qu'il existe en nous je ne sais quel penchant naturel et irrésistible, lequel nous porte à pleurer la mort de nos amis et de nos enfans.—Celui-là, quel qu'il soit, connoissoit bien le cœur humain.

Et Sénèque a dit quelque part, que de pareils chagrins se dissipoient mieux par la voie des larmes, que par toute autre.

Aussi trouvons-nous que David a pleuré son fils Absalon,—Adrien son Antinoüs,—Niobé ses enfans,—et qu'Apollodore et Criton ont tous deux versé des larmes pour Socrate avant sa mort.

Mon père ne prit exemple ni sur les anciens, ni sur les modernes, et se gouverna d'une façon toute particulière.