C'étoit un supplice cruel pour mon père, de ce que ma mère ne demandoit jamais l'explication des choses qu'elle ne comprenoit pas.
—Qu'elle soit ignorante, disoit mon père, c'est un malheur pour elle.—Mais elle peut faire une question.—
Ma mère n'en faisoit jamais.—Enfin elle est morte sans savoir si la terre tournoit ou ne tournoit pas; mon père le lui avoit expliqué plus de mille fois:—mais elle l'oublioit toujours.
Aussi la conversation alloit rarement plus loin entr'eux qu'une demande, une réponse et une réplique.—Ensuite ils reprenoient haleine pendant quelques minutes (comme dans l'affaire des culottes) et puis le dialogue.
«S'il se marie, dit ma mère, ce sera tant pis pour nous.»—
«Je n'en donnerois pas deux sous, dit mon père; il peut manger son bien de cette façon aussi-bien que d'une autre.»—
«J'en conviens, dit ma mère.» Là finit la demande, la réponse et la réplique dont je vous ai parlé.—
«Ce sera un passe-temps pour lui, dit mon père.»—
«Surtout, répondit ma mère, s'il peut avoir des enfans.»—
«Des enfans! s'écria mon père, le ciel ait pitié de moi!»