CHAPITRE LXXXIV.
Sur les lignes droites.

Ici j'avois fait un chapitre sur les lignes courbes, pour prouver l'excellence des lignes droites…

Une ligne droite! le sentier où doivent marcher les vrais chrétiens, disent les pères de l'église.—

L'emblême de la droiture morale, dit Cicéron.—

La meilleure de toutes les lignes, disent les planteurs de choux.—

La ligne la plus courte, dit Archimède, que l'on puisse tirer d'un point à un autre.—

Mais un auteur tel que moi, et tel que bien d'autres, n'est pas un géomètre; et j'ai abandonné la ligne droite.—

CHAPITRE LXXXV.
Je prends la poste.

J'ai promis quelque part au lecteur que je lui donnerois deux volumes de cet ouvrage par an, pourvu que mon maudit asthme, que je redoute à présent plus que le diable, voulût me le permettre.—Et, dans un autre endroit (je veux être pendu si je sais où) j'ai posé ma plume et ma règle en croix sur ma table, pour donner plus de poids à mon serment; et j'ai juré que je soutiendrois cette allure quarante ans de suite, s'il plaisoit à la fontaine de la vie de me fournir aussi long-temps bonne santé, bon courage, et joyeuse humeur.

Pour mon humeur, je n'ai qu'à m'en louer; quoiqu'il lui arrive de me promener à cheval sur un bâton dix-neuf heures sur les vingt-quatre, je n'ai que des remercîmens à lui faire.—O mon humeur, que ne vous dois-je pas!—c'est vous qui m'avez fait parcourir joyeusement l'âpre sentier de la vie, et qui, parmi tous les maux qu'elle entraîne, ne m'avez jamais laissé connoître les soucis.—Jamais vous ne m'avez abandonné; jamais vous ne m'avez teint les objets en noir ni en pâles couleurs.—Au contraire, dans les dangers, vous avez toujours doré mon horizon avec les rayons de l'espérance; et quand la mort elle-même est venue frapper à ma porte, vous l'avez congédiée d'un ton si gai et d'un air si dégagé, qu'elle a cru s'être trompée.—