Oh! il y a dans la vie de l'homme une époque charmante.—C'est lorsque son cerveau étant encore tendre et flexible, et toutes ses sensations promptes et faciles,—l'histoire de deux amans passionnés, séparés l'un de l'autre par de cruels parens, et par une destinée plus cruelle encore…

Paulin, c'est l'amant;

Pauline, c'est son amante:

Chacun ignorant le sort de l'autre…

Lui—à l'est;—l'autre—à l'ouest.—

Paulin fait esclave par les Turcs, et mené à la cour de l'empereur de Maroc, où la princesse de Maroc devenant éperdument amoureuse de lui, le retient vingt ans en prison, ne pouvant vaincre sa constance pour Pauline.—

Elle, (Pauline) pendant tout ce temps errant pieds nuds, les cheveux épars, sur les rochers et les montagnes pour chercher son amant:—Paulin! cher Paulin!—Et faisant redire son nom aux échos des collines et des vallées:—Paulin!—Paulin!

Noyée dans les larmes, abymée dans le désespoir,—assise à la porte de chaque ville, de chaque village:—Mon cher amant, mon cher Paulin a-t-il passé là? Personne n'a-t-il vu mon cher Paulin? Et parcourant ainsi tout ce vaste univers: jusqu'à ce qu'enfin un hasard inespéré les ramenant tous deux, quoique par différens côtés, au même instant de la nuit, à une des portes de Lyon, leur patrie commune, et chacun d'eux s'écriant à-la-fois avec un accent trop bien connu:

Mon cher Paulin,—ma chère Pauline,—vit-il, vit-elle—encore?

Ils se reconnoissent sans se voir, ils volent dans les bras l'un de l'autre, et meurent de joie en s'embrassant.