Parfum délicieux! quel rafraîchissement ne donnes-tu pas à la nature! Comme tu remues toutes ses puissances et toutes ses foiblesses! Avec quelle douceur tu pénètres dans le sang, et tu l'aides à franchir les passages les plus difficiles qu'il rencontre dans sa route pour aller au cœur!

L'homme, en ce moment, n'étoit pas gêné par le temps, et il prodigua à ces dames ce qu'il étoit forcé d'épargner dans d'autres circonstances. Il est sûr qu'il savoit se réduire à moins de paroles dans les cas pressés, tels que ceux qui arrivoient dans la rue; mais comment faisoit-il?… L'inquiétude de le savoir ne me tourmente pas. C'est assez pour moi de savoir qu'il gagna deux pièces de douze sous… Que ceux qui ont fait une fortune plus considérable par la flatterie expliquent le reste; ils y réussiront mieux que moi.

PARIS.

Nous nous avançons moins dans le monde en rendant des services qu'en en recevant. Nous prenons le rejeton fané d'un œillet, nous le plantons, et nous l'arrosons parce que nous l'avons planté.

M. le comte de B… qui m'avoit été si utile pour mon passe-port, me le fut encore… Il étoit venu à Paris, et devoit y rester quelques jours… Il s'empressa de me présenter à quelques personnes de qualité qui devoient me présenter à d'autres, et ainsi de suite.

Je venois de découvrir, assez à temps, le secret que je voulois approfondir pour tirer parti de ces honneurs et les mettre à profit. Sans cela, je n'aurois dîné ou soupé qu'une seule fois à la ronde chez toutes ces personnes, comme cela se pratique ordinairement; et en traduisant, selon ma coutume, les figures et les attitudes françoises en anglois, j'aurois vu à chaque fois que j'avois pris le couvert de quelqu'un qui auroit été plus agréable à la compagnie que moi. L'effet tout naturel de ma conduite eût été de résigner toutes mes places l'une après l'autre, uniquement parce que je n'aurois pas su les conserver… Mon secret opéra si bien, que les choses n'allèrent pas mal.

Je fus introduit chez le vieux marquis de … Il s'étoit signalé autrefois par une foule de faits de chevalerie dans la cour de Cythère, et il conservoit encore l'idée de ses jeux et de ses tournois… Mais il auroit voulu faire croire que les choses étoient encore ailleurs que dans sa tête. Je veux, disoit-il, faire un tour en Angleterre; et il s'informoit beaucoup des dames angloises… Croyez-moi, lui dis-je, M. le marquis, restez où vous êtes. Les seigneurs anglois ont beaucoup de peine à obtenir de nos dames un seul coup-d'œil favorable; et le vieux marquis m'invita à souper.

M. P…, fermier-général, me fit une foule de questions sur nos taxes… J'entends dire, me dit-il, qu'elles sont considérables. Oui, lui dis-je en lui faisant une profonde révérence; mais vous devriez nous donner le secret de les recueillir.

Il me pria à souper dans sa petite maison.

On avoit dit à madame de Q… que j'étois un homme d'esprit… Madame de Q… étoit elle-même une femme d'esprit; elle brûloit d'impatience de me voir et de m'entendre parler… Je ne fus pas plutôt assis, que je m'aperçus que la moindre de ses inquiétudes étoit de savoir que j'eusse de l'esprit ou non… Il me sembla qu'on ne m'avoit laissé entrer que pour que je susse qu'elle en avoit… Je prends le ciel à témoin que je ne desserrai pas une fois les lèvres.