Je manque de paroles pour dire avec quoi… Je ne pense qu'aux réflexions avec lesquelles vous vous supporterez vous-mêmes au déclin d'une vie si misérablement prodiguée; s'il arrive que vous soyez paresseux à la onzième heure, et que vous ayez tout l'ouvrage du jour à faire, quand la nuit arrivera, et qu'on ne pourra plus travailler.
Quant aux malheurs des jours de ce pélerinage, la spéculation et les faits semblent varier. Nous convenons avec le patriarche que la vie de l'homme est malheureuse, et cependant le monde a l'air heureux; chaque chose y paroît tolérable. Jetez un regard sur l'univers qu'il nous a donné, observez les richesses et l'abondance qui coulent dans les canaux de chacun; ils satisfont non-seulement les désirs de la nature, mais encore ceux de l'imagination et du luxe. Chaque contrée est un paradis que la nature a cultivé dans un moment de joie.
Toutes les choses ont deux faces, Jacob, Job et Salomon partagent le monde en deux sections, la vérité réside au milieu, ou plutôt le bien et le mal sont mêlés; lequel des deux l'emporte! C'est au-dessus de nos recherches. Ah! c'est le bien. Premièrement parce que cette pensée me rend plus cher et plus vénérable le créateur du monde, et ensuite parce que je ne puis pas supposer qu'un ouvrage fait pour exalter sa gloire, doive manquer d'apologies.
Quelle que soit la proportion de la misère dans la construction du monde, ce n'est pas un devoir religieux d'ajouter à nos malheurs. Ne méritons jamais les louanges qu'obtinrent ces anachorètes, qui vivant au milieu d'un jardin embaumé ne touchèrent jamais une fleur. J'ai pitié de ceux dont les plaisirs naturels sont des fardeaux et des privations, et qui fanatiques malades fuyent loin de la joie comme si elle étoit un crime.
Ah! s'il en est un dans le monde, c'est l'affliction et l'oppression du cœur; la perte des biens, de la santé, des couronnes et des dignités sont des maux en tant qu'ils occasionnent des chagrins; séparez-les de ces privations, tout le reste est vérité, et réside seulement dans la tête de l'homme.
Être infortuné! les douleurs de ton ame ne suffisent-elles pas, sans que tu remplisses la mesure avec celles du caprice, tu marches sans cesse dans l'ombre, et tu veux encore t'y tourmenter en vain!
Nous sommes des créatures incapables de repos, et tels nous serons jusqu'à la fin des choses. Ce que nous pouvons opérer de mieux, est de faire de notre caractère turbulent ce que les hommes sages font de leurs mauvaises habitudes. Quand ils ne peuvent les vaincre, ils tâchent au moins de les détourner dans des canaux utiles.
Si nous devons donc sans cesse nous tourmenter, perdons de vue l'objet présent de nos soucis, et peinons-nous seulement à bien vivre. Ainsi soit-il.
LES VOIES
DE
LA PROVIDENCE
JUSTIFIÉES.
SERMON XII.