Il y a des inégalités dans les choses de ce monde, et c'est un des plus forts argumens en faveur d'une vie future; ne l'oubliez jamais. Néanmoins, je suis persuadé que ce dont nous nous plaignons n'est pas aussi considérable qu'il paroît-être au premier coup-d'œil.
Je veux que le bonheur des méchans soit aussi grand que nous le reprochons à la Providence, et que nous ne puissions le concilier avec elle; qu'en infèrerons-nous? une nouvelle preuve de notre ignorance. Avons-nous résolu tous les problèmes religieux? pourquoi celui-ci nous alarmeroit-il davantage que mille autres difficultés qui chaque jour trompent nos recherches?
La plus petite fleur des champs, le brin d'herbe le plus délié, ne confondent-ils pas l'entendement des esprits les plus pénétrans? les plus profonds scrutateurs des secrets de la nature nous diront-ils à quelle position, quel mouvement les végétaux doivent leurs couleurs et leurs saveurs différentes; pourquoi l'arsenic et l'hellébore brûlent et déchirent le noble tissu du corps humain, tandis que l'opium bouche tous les passages de nos sens, et nous prive de la raison et de l'entendement? les moindres choses qui se trouvent sur nos pas n'ont-elles pas un côté ténébreux que l'œil le plus perçant ne peut pénétrer? les esprits les plus exaltés ne se trouvent-ils pas embarrassés et en défaut devant chaque atome de la matière?
Vas donc, homme vain, et quand ta tête vertigineuse s'emplit de l'opinion de ta sagesse, et veut corriger les voies de la Providence; vas, regarde-toi dans ce miroir. Examine tes facultés, qu'elles sont étroites et imparfaites! combien elles sont battues par la vérité et le mensonge! avec quelle confusion tu les discernes, même dans cette glace! Vois ensuite le commencement et la fin des choses, des grandes et des petites, elles conspirent à te jouer. Veux-tu porter ta vue plus loin, de quelque côté que tu pousses tes recherches, quels nouveaux sujets de surprises! que de nouvelles raisons de croire que tout est au-dessus de ton entendement. Eh bien! ce sont là pourtant les plus petits moyens de Dieu. Que sais-tu sur cet être suprême? cherches, calcules, l'as-tu trouvé? connois-tu ses perfections? elles sont aussi élevées que le ciel: y monteras-tu? elles sont plus profondes que l'enfer. Y descendras-tu?
Ah! si nous pouvions appercevoir les ouvrages miraculeux de la Providence, et comprendre les plans de sa sagesse et de sa bonté infinies, connoissances que nous acquerrons peut-être à la consommation des siècles; ces événemens que nous sommes si embarrassés d'expliquer exalteroient et manifesteroient sa sagesse, et nous nous écrierions dans la même extase que l'apôtre: ô profondeur des richesses et de la sagesse divine, oh! que tes voies, grand Dieu, sont infinies! que tes sentiers sont difficiles à trouver: Amen.
LAZARE
ET
L'HOMME RICHE.
SERMON XIII.
«Et il lui dit, s'ils n'entendent pas Moïse et les prophètes, ils ne seroient pas persuadés quand même un mort sortiroit du tombeau.» Saint-Luc, XVI. 31.
C'est ainsi que se termina la parabole de Lazare et du riche; Dieu a voulu démontrer aux hommes la nécessité de se conduire par les lumières qu'il leur a données, en nous faisant dire par le patriarche, que ceux que les argumens épars dans les livres saints n'engageroient pas à répondre au but de leur créateur, ne seroient pas persuadés par d'autres moyens, quelques extraordinaires qu'ils fussent. S'ils n'entendent pas Moïse et les prophètes, ils ne seroient pas persuadés, quand même un mort sortiroit du tombeau.
Sortir du tombeau! eh pourquoi? que nous apprendroit un pareil messager qui ne nous ait pas été appris et proposé? la nouveauté ou la surprise d'une telle visite pourroit éveiller l'attention d'un peuple curieux et insouciant qui dépense sa vie à écouter ou à dire des nouvelles; mais aussitôt que la merveille auroit disparu, elle seroit remplacée par quelqu'autre merveille, et le spectre rentreroit dans son tombeau, et personne ne s'informeroit de lui et de son apparition.