Innocence, avenir! Sage et silencieux,
Que je vais vous aimer, vous un instant pressées,
Belles petites mains qui fermerez nos yeux!
*
* *
Victor Hugo domine le XIXe siècle, dont il occupe chaque avenue et qu'il possède tout entier. Poète, romancier, orateur, il exprime la pensée ordinaire et moyenne de ses contemporains avec une richesse verbale, une plasticité de formes que Ronsard lui-même n'a pas atteintes. C'est le maître du Verbe, l'artiste souverain. Un tel don, par sa richesse même, semble, parfois, exclure l'émotion. Mais que cet incomparable manieur de rythmes et de rimes soit atteint dans son orgueil ou dans la tendresse paternelle, si profonde en lui, son cœur laisse jaillir le torrent de la colère, le flot sacré des larmes ; les paroles abondent, l'éloquence du cœur monte, exècre ou gémit dans sa grande voix.
Il écrit Les Châtiments ou Pauca meæ.
Écoutez la plainte douloureuse de ce père à qui la plus banale catastrophe ravit l'enfant de sa prédilection. Pour entendre la pièce que M. Leitner, avec sa maîtrise accoutumée, aura l'honneur d'animer devant vous, il faut se rappeler que la fille de Victor Hugo, mariée à peine depuis six mois, dans une promenade en barque et sous les yeux même du père, impuissant à lui donner secours, fut, le 4 septembre 1843, engloutie, en touchant presque le rivage.
Voici donc, glorifiée et maîtresse du monde, la douleur, cette ennemie antique de l'Humanité. Chacun, désormais, lui rend hommage comme à la suzeraine de la terre.
Quels que soient les fléaux, les malheurs qui l'atteignent, les ruines qui le frappent dans ses intérêts ou dans ses amitiés, l'homme ne maudit plus cette initiatrice de l'effort et de la Volonté.
Pour avoir eu pitié des pauvres, des humbles, des petits, des opprimés, de ceux que Nietzsche, dédaigneusement, traite de « tchandalas », souffre-douleur obscurs, blessés dans leur esprit et dans leur chair, le Christianisme n'en a pas moins compris l'utilité divine de la joie et que l'homme ne saurait vivre sans bonheur.