La grande fête de la compassion et des larmes est, en même temps, celle de la renaissance et de la vie. La Magdaléenne en pleurs, au pied de la croix, devance l'heureux espoir de l'ascension future et chante, avant qu'il ne succombe, la résurrection du bien-aimé.

Après les jours de ténèbres et les trêves luctueuses, après le silence des orgues, voici que les cloches pascales égrènent dans le ciel printanier leur allégresse revenue. Un clair soleil monte à l'orient. La pierre du sépulcre est renversée, et, tandis que, dans sa robe de lin blanc et sous une auréole mystique, le Christ, affranchi du tombeau, pour la dernière fois montre ses mains sanglantes aux apôtres assemblés, la Nature célèbre le retour jubilaire du printemps. L'air se fait plus léger ; sous l'écorce dure, pointent les bourgeons, et bientôt, avec les feuilles vertes, le chant des oiseaux et le parfum des fleurs.

De toutes les métamorphoses, de tous les changements imposés par le Christianisme aux civilisations antiques, il n'est transformation plus radicale ni plus profonde que celle de l'amour. Ce n'est plus, maintenant, le conflit des sexes, mais l'étreinte pure des âmes, s'embrassant avec délices dans l'azur immatériel.

Béatrice montre à son poète la route de l'ascension et les chemins du Paradis. Cette conception nouvelle d'un amour à la fois plus ardent et plus chaste, inspirateur des gestes chevaleresques et des prouesses magnanimes, mêle aux extases de la jeunesse un élément inconnu, ou peu s'en faut, du monde antique : la Bonté. Le cruel Eros d'Euripide, « Eros, tyran des hommes et des dieux », baptisé, purifié, grandi par le renoncement et par le sacrifice, a pris un nom qui dément ses origines ténébreuses. Il s'appelle, désormais, la « Charité ». L'homme ne trouve dans son âme qu'indulgence et que pardon.

J'AI PARDONNÉ

J'ai pardonné,

Jouet infortuné

D'un amour profané.

Mon cœur s'était donné,

J'ai pardonné.