de prendre quelques types caractéristiques et nettement définis. Afin de circonscrire un sujet trop vaste qui, pareil à la mer, n'a d'autre limite qu'un horizon sans cesse reculé, que des vagues fécondes en naufrages, il faut borner sa route et choisir son chemin.

Voici, d'abord, le monde biblique, monde si loin de nous et, pourtant, si fort incorporé à notre vie actuelle. Dans la Bible des Hébreux, les pauses de douceur n'abondent guère. Elles apparaissent d'autant plus suaves qu'elles forment avec l'aridité générale un contraste délicieux.

C'est un chant de rossignol dans la tourmente. C'est une fleur d'asphodèle. C'est un lis éclos parmi les roches sanglantes et les durs cailloux du Sinaï. L'épisode si noble, si émouvant de Jacob, défendu par son plus jeune fils, remettant sa vieillesse à la tutelle de ce dernier-né, le geste de l'Œdipe biblique appuyé sur l'épaule du berger adolescent trouva, dans le Joseph de Méhul, une sobre illustration musicale dont M. Delmas, impeccable et fier artiste, vous fera goûter la ligne pure et les fraîches couleurs.

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Bientôt, le soleil décline à l'horizon du monde attique.

« La Grèce, dit Renan, avait créé la science, l'art, la philosophie, la civilisation, un public tout entier composé de connaisseurs, une démocratie qui a saisi des nuances d'art tellement fines que les raffinés d'à présent les conçoivent à peine. »

Mais, bientôt, la sève s'est tarie. En pleine jeunesse, l'Hellade aimée des dieux est morte comme Achille, frappée en plein combat. Elles ont vécu, les républiques de Phidias et de Platon! Alexandre, qui porta le surnom de Grand, grand surtout par l'abaissement des peuples qui l'entourent, a vendu trente mille Grecs, au lendemain de Chéronée.

Et, depuis, Rome, poursuivant son œuvre et continuant son empire, dicte des lois à l'univers. Octave, à présent revêtu de la pourpre impériale, a fermé le temple de la Guerre, fait son concordat avec le parti des riches et le pouvoir sacerdotal. Après quatre cents ans de luttes et de conquêtes, le rêve de Socrate se réalise en tout point. L'univers n'a plus qu'un seul maître. La Paix romaine est proclamée.

Or, voici qu'un malade charmant, poète officiel qui — dirait Veuillot — « fait des vers pieux, sur commande », le librettiste du Chant Séculaire et de La Cantate à Drusus, l'aimable Horace, fuyant les embarras de la Cour, au pays sabin, dans sa villa du mont Soracte, plaint, à son tour, les voluptés éphémères, les jours fugaces et la brièveté des roses. Mais, puisqu'il faut rejoindre, tôt ou tard, le vieil Énéas, dans la demeure des ombres ; puisque les lunes diligentes réparent le décri des célestes demeures ; puisque les amours s'envolent et que le règne de Cynara est à jamais fini, que le jeune esclave apporte des parfums : il sied de boire, de couronner son front en écoutant la voix de Néère aux chants mélodieux.

Cette acceptation de la vie et le calme sourire du poète devant les lois inéluctables, cette acceptation de la Mort et de la Vieillesse ne va pas sans grandeur. Le polythéisme gréco-latin avait fait les âmes des hommes à l'image de ses dieux, pacifiques et lumineuses, pleines de raison, de sérénité.