Aux confins de l'ancien monde, vers les bords mystérieux où se lève l'aurore, un poète qui, certes, ne connaissait point Horace, ému comme lui par la fragilité des choses et les dons précaires du bonheur, a, comme lui, célébré les festins, les coupes débordantes et, sous les pêchers en fleurs, la joie incomparable de boire comme un immortel. C'est Li-taï-pé. Remplacez le khin du Chinois par la lyre ou la flûte. Au lieu du singe oriental qui pleure sur les tombeaux, faites gémir le nocturne hibou, la chevêche de mauvais augure : La Chanson du Chagrin, composée au IXe siècle par un favori de l'empereur, Ming-Hoang, aura place dans chaque florilège entre les vers de Flaccus et ceux d'Anacréon. La voici :
Le maître de céans a du vin : mais ne le versez pas encore.
Attendez que je vous aie chanté La Chanson du Chagrin,
Quand le chagrin vient, si je cesse de chanter ou de rire,
Personne, dans ce monde, ne connaîtra ces sentiments de mon cœur.
Seigneur, vous avez quelques mesures de vin :
Et, moi, je possède un khin de trois pieds.
Jouer du luth et boire du vin sont deux choses qui s'accordent bien ensemble.
Une tasse de vin vaut, en son temps, mille onces d'or.
Bien que le ciel ne périsse point, bien que la terre soit de longue durée,