Combien pourra durer pour nous la possession de l'or et du jade?
Cent ans au plus! Voilà le terme de la plus longue espérance.
Vivre et mourir une fois, voilà ce dont tout homme est assuré.
Écoutez, là-bas, sous les rayons de la lune, écoutez le singe accroupi qui pleure tout seul sur les tombeaux!
Et, maintenant, emplissez ma tasse! Il est temps de la vider d'un seul trait!
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La douleur agrandit l'âme et la rend plus profonde ; car elle est comme la mer ; elle creuse le roc et toujours s'infiltre plus avant ; les cœurs généreux, capables de la contenir, accèdent aux pensers les plus hauts et, comme le cygne de Virgile, abandonnent la terre pour, de leur chant sublime, tenter les étoiles et s'abîmer dans les cieux.
Le paganisme, épris de la vie et de la beauté seules, méconnut cette noblesse intime de la douleur et, comme dit Bossuet, « ce je ne sais quoi d'achevé que le malheur ajoute à la vertu ».
Il appartenait à la religion du christianisme d'ennoblir et d'exalter la souffrance.
En présence de la douleur, Épictète et Marc-Aurèle ne savaient que s'abstenir. « Douleur, tu n'es qu'un mot », affirmaient les sages. Mais, pour les disciples du Christ, elle apparaît, cette douleur, comme un signe manifeste de la bonté divine, comme un gage de pardon et d'éternelle béatitude. Le patient est un élu, car sa peine est l'aiguillon de la vie intérieure, le sel de l'âme qui préserve l'homme intérieur de la contagion et du péché. Baudelaire a magnifiquement exprimé ces choses dans le grave et religieux finale de sa Bénédiction.