Passent sur le sommeil des moissons et des bois ;
Une clarté se pose au faîte blanc des toits
Et de taches d’argent sème la terre brune :
Voici qu’à l’orient, là-bas, monte la lune.
Le premier bal de la ville, commencé lugubrement, a secoué peu à peu son allure mortuaire et jusques vers l’aurore, papillonné clopin-clopant. Quelques gracieuses femmes, un soupçon de toilettes, les valses émergeant de bambous tout en fleurs, l’or du gaz sur les moulures pâtissières, en la salle dite des Fêtes, cela ne suffit point à galvaniser l’ennui dont Bagnères affadit ses visiteurs. Certaine robe d’un provincialisme excessif suscita de courts élans de gaieté, fournit aux désheurés du lendemain, le motif d’une agréable conversation. L’on rapporte que plusieurs convives autochtones portent encore du mal au cœur, pour s’être ingurgité sans mesure, l’orgeat gratuit et les sandwiches sébacées des festivals municipaux.
XII
IMPRESSION DE MID-SUMMER
DU VAL DE PAYOLLE, LE DIMANCHE DE LA SAINT JEAN D’ÉTÉ
Décortiqué, l’aubier fendu sous des coins ligneux, le pin surgit entre les pals qui l’étançonnent, mitré de fleurs, chappé de branches avec l’appareil d’un fantôme roi.
Un orage fermente dans le ciel, torpide, rubéfiant l’azur de tonnerres avortés. C’est la pesanteur des midis électriques, aggravée aux fades exhalaisons des tilleuls. Ferments d’alcôve où se souvient le musc des chevelures, frissons du rut universel, orgasme des sèves pâmées si lourds aux poitrines humaines.