Sur la table un faisceau de lys. Chair florale près de quoi la chair vive s’humilie, nacre odorante à dépriser le vernis des coquillages. Ni feuilles, ni rameaux. La tige d’un vert blême ostente cet émail où — vol d’insectes mordorés — posent les étamines. Nulle innocence, d’ailleurs, malgré le symbolisme goîtreux des processionnaires. L’orgueil d’être blanc — tel un soleil de juin ; — le faste des parfums trop généreux pour nos désirs.

Superbes, d’une gloire laiteuse en la buire de Venise, les corymbes liliaux versent le plein été aux choses familières. Comme les bergers du Cantique, le Souvenir se repaît entre leurs dons. Emmi l’ombre où sussurre — inquiet — l’appel des aromates, renaît l’effluve des charmilles antérieures, le givre des longs soirs à travers d’autres branches. Les baisers fleuris de troènes, les cheveux constellés aux pâleurs des jasmins pernoctent, doux sabbat de la jeunesse fugitive.

Par la fenêtre, un coin d’éther crépusculeux, estompé l’on dirait, de gaze noire. Le parterre noyé d’obscur, sans un bruit d’ailes ou de pas. Au loin, l’harmonica solitaire des crapauds exaltent Vénus qui rit à leurs yeux de topaze, et sur l’arête des ormes, se lève coruscante.


Crépuscule, mais imprégné de jour, où défilent endimanchées, les ménagères de l’endroit. Rasés bleu, les membres gauchis dans leur vêture de cadix, les mâles fument sur la place de l’Eglise, en attendant souper. Une fuite d’encens traîne sous le porche ouvert. Des béguines, symétrisant les chaises bousculées par la débâcle de vêpres, glissent, falottes entre les saints peinturlurés. C’est dans la nef, qu’épargne la rousseur de l’heure, un bleuissement de paradis, une Avallon campagnarde éclose aux fraîcheurs des bénitiers.

Mais, plus rude, avec son fumet de simples écrasées, la moisson lithurgique imprègne d’âcre miel les rues de la bourgade. Roses bénites, lys sacrés et le fenouil qu’aima le Syrien Adonis, les herbes de la Saint-Jean évaporent sous les toits rustiques, leur ardente fenaison.

Parmi ses glauques cheveux d’ondine, la nigelle aux yeux pers sème des nœuds de turquoise. La feuille trilobée des ancolies supporte avec fierté des campanes d’améthyste. Les daturas, les molènes velues, les euphorbes aux pétales virescents, les digitales assassines, bandent leurs piques mal famées et, noir de suprêmes venins, l’aconit fait craquer sous les sabots de frêne, ses cassolettes plutoniennes.

Amère saveur des plantes ! Breuvage de l’été qu’affadit à peine le nauséeux encens ! C’est la veille où, par les hautes prairies, les jeunes hommes se baignent aux lustrales rosées, invigorent leur puberté dans la communion des choses. Les fontaines débordent, la fougère mûrit. Le village latin, célèbrera, ce soir, ses païennes et vivantes origines. A moins que, nantie de quelque billon, la jouvence locale ne se rue au café du Sud-Ouest, présentement illustré par les intermèdes et chansons de Mlle Pépita, romancière excentrique à l’instar de Paris, comme en témoigne, avec déférence, l’aboyeur public, — très digne — après un roulement de son tambour enchifrené.

XIII
PORTRAITS DE FAMILLE