A qui profite au surplus de prouver la moindre chose ? A quoi bon houspiller les échines de Messieurs les paltoquets et les honorer d’exordes comminatoires. N’est-ce pas, proprement, vouloir ferrer des cigales ? Aussi bien, nous les allons voir à l’œuvre et notre petit bonheur annuel est près de débuter. La saison s’ouvre en bâillant comme une huître qu’elle est. Cabotins, épiciers, fausses comtesses, Athéniens du baccara, valseuses en fer, chaperonnées de pères en bois, touristes à voiles verts, Anglaises giraffières, le déballage commence et la parade ambulera demain. Les gargottiers intoxiquent leurs potages, les valets de cercle machinent des portées. Le juif Lévy est à son pupitre et les doucheuses à leurs tuyaux.

Philistins, entrez dans Bagnères ! Le lotus de la sottise y va donner sa floraison.

II
LE ROI DE LA BAROUSSE

OU M. IGNACE PAPULARD CANDIDAT AUX ÉLECTIONS GÉNÉRALES

M. Ignace Papulard, docteur en droit, zélateur de la Société des Courses, membre de plusieurs archi-confréries et candidat balloté au Conseil fédéral, avantagea récemment les lettres françaises d’un opuscule immortel.

J’entends le manifeste par quoi ce jeune Rodrigue dévoila son cœur aux collèges électoraux selon la bonne formule du conciones et de M. Hervé.

A l’exemple des grands aïeux, que les labeurs de la guerre et les soins de la diplomatie n’empêchaient point de sacrifier aux grâces, l’éminent docteur infuse sa doctrine en des pages stupéfiantes de beauté. Sa harangue l’égale d’emblée aux gentilshommes qui n’estimèrent point s’encanailler en raffinant sur le bien dire : Montaigne, Salluste du Bartas, Agrippa d’Aubigné, Bussy-Rabutin, La Rochefoucauld et tant d’autres illustres — ses précurseurs.

Il convient de louer sur toutes fleurs, la rose blanche, et Ignace Papulard entre les enfants des hommes. Jeune, verbeux, fait d’un air à savoir peu de cruelles, Marc de la Barousse n’hésite point devant les sacrifices les plus audacieux. Pour raffermir le trône et retaper l’autel, il part comme un bon petit Quichotte, exposant aux vicissitudes climatériques son crâne chauve et son paletot bleu — fidèle, mais déteint. Par les granges, sous les arbres, dans les auberges, il confabule avec le pacant et tette son reginglat. Des lumières l’environnent. Saint-Crétin, dentiste, l’offre aux peuplades agricoles « car, dit-il, lui seul peut guérir, sans pharmacopée, les maux de la vigne et le progrès des doctrines funestes ». O merveilleuse puissance de l’orviétan ! Ignace Papulard assoiera demain son alopécie hâtive entre les grosses légumes départementales. Disert comme la jument de Bayard, il parlera même sous l’eau, sans demander de sucre, et poussera Philippe VII avec un zèle de voyageur en vins.

Notre humble rang de chroniqueur, le respect qu’on doit aux institutions monarchiques, nous imposent le devoir d’admirer en silence les hautes destinées où gravit Ignacelou, sans prétendre le moins du monde pénétrer les conseils de ce génie à la Talleyrand.

« Je laisse aux plus hardis l’honneur de la carrière »