« C’est : 1o de s’occuper des affaires du département (entre nous, je l’avais soupçonné avant ce jour) ; 2o de s’occuper plus particulièrement et surtout des affaires du canton » (Ah ! bah !)

Particulièrement et surtout, rappellent, sans l’affaiblir, la construction en outre et surtout, rencontrée un peu plus haut, les répétitions ne contribuent pas peu à donner au style, un énergique inattendu.

J’omets à regret des aperçus exquis touchant le pacage et l’élève du bétail, à propos de quoi le jeune écrivain sut retrouver les mots du comte de Buffon. A travers un bosquet fleuri de catachrèses et de synecdoques, j’arrive à la cavatine finale, au thème de bravoure où le pacificateur du Louron exalte la bonté de son ours. D’accord avec son roy, il veut « à tout prix » sauver le droit, la liberté, la propriété, l’ordre et la religion. Ah ! la religion ! Est-elle assez consolée de l’indifférence du temps en ces béates Pyrénées ! Voici que pour corrober son pouvoir, le palatin de la Barousse, apparaît casque en tête et dague au poing. Spectacle édifiant ! Comme la Hire ou du Guesclin, le baron Marc s’agenouille dans le sanctuaire avec un bruit de casseroles héroïques. Il offre pour les encensoirs, la myrrhe des croisades, le baume oriental, le cinname, qu’autrefois sous le nom plus modeste de cannelle, ses auteurs débitaient en des cornets de papier gris.

J’arrête ici l’examen littéraire de l’élucubration Ignace Papulard. Pour la fin, j’ai réservé la phrase unique, la phrase parangon, le Kohinnor des phrases, dont s’empanache l’inaccessible péroraison.

Oyez la dévotement :

« Non ! Vous achèverez votre œuvre ! elle est digne de vous (à toi, Jacques Bonhomme !) et moi, je me rendrai toujours digne de vous-mêmes. »

Rien d’approchant ne fut à ma connaissance proféré jusqu’à nous par les auteurs gaulois. L’on distingue ici l’influx du Paraclet. Je rementois vaguement telles grandiloquences prud’hommiennes ! « Ce sabre est le plus beau jour de ma vie ! Si ce mariage ne peut faire ton bonheur, sois-le ! » et je m’abîme, écrasé sous les catadupes oratoires de ce docteur en droit qui pourrait aussi bien être docteur ès-lettres, mais qui préfère solliciter le libre choix du Louron.

Puissent-ils poser sur sa tête les suffrages des bons ruraux !

En le proclamant souverain définitif de la Barousse, les terriens de Loures manifesteront une jugeotte extraordinaire : car jamais dans le vaste monde, ils n’en pourraient trouver un autre aussi complet.

III
LES GENTILSHOMMES DU RATEAU