Composée de trois articles: tharse, cuisse et jambe, elle porte à son extrémité des houpettes velues qui rappellent, tant par la qualité du poil que par son implantation, les brosses de la langue et correspondent aux mêmes utilités.
Dans les espèces florales où le pollen s'agglomère en pelote, il faut une intervention assez énergique pour le détacher. Toutes les plantes ne possèdent pas la faculté suprême dévolue au palmier de jeter aux souffles du désert une semence toujours féconde que le hasard seul peut faire proviguer.
Entre la cuisse et le tharse, la corbeille est employée à recueillir le pollen que l'ouvrière emportera dans la ruche.
Une vie active, en plein soleil, les pénibles travaux des champs, les acres parfums qu'elles butinent, l'acide formique, principe et générateur de leur activité, donnent aux abeilles une soif inextinguible. Leur tempérament «aduste», pour parler comme Michelet, fait qu'elles se plaisent aux fontaines, aux sources mystérieuses qui, parmi les caltas et les myosotis, jaillissent au fond des cressonnières.
Tantôt sur une feuille, tantôt sur un caillou branlant, elles se baignent au milieu des fleurs, sans craindre le destin de Narcisse ou d'Ophélie.
Ayant examiné sous un aspect général et cursif l'abeille individuelle, entrons dans la Cité que régit une politique intelligente et sévère dont l'institution eût été accueillie avec faveur par les éphores de Lacédémone ou les compagnons philosophiques de l'Empereur Julien.
L'organe fait la fonction. Mais, chez les abeilles, le berceau crée l'organe,—on ne saurait trop insister sur ce point. La simple larve qui, dans une cellule ordinaire, nourrie de vivres plébéiens accomplit le cycle des métamorphoses pour, à l'état d'insecte parfait, assumer la qualité d'ouvrière, devient, suivant la mesure de son appartement et la vigueur de son alimentation, reine ou faux bourdon.
A côté des cellules vulgaires voici le dortoir des mâles, voici le dôme spacieux où l'aspirante à la royauté parcourt la première étape de sa vie et, comme une Belle-au-bois-dormant, passe les deux semaines de ténèbres nécessaires à sa formation. Le palais qui l'abrite a déjà la forme de son abdomen, de ce ventre sacré, objet du culte, de la vénération et de l'amour de tout un peuple.
Quand elle retourne dans la ruche, ensemencée et prolifique, ses dames d'honneur, ses ménines la conduisent dans les cadres béants sur les alvéoles désertes. Elle tourne en cercle, et, dans chacune, elle dépose un œuf, jusqu'au temps où, le cadre rempli et chacune des cellules operculées, ses gardiennes vigilantes la conduisent vers un autre quartier, qu'elle peuplera d'espoir et d'avenir.
L'homme intervient dans le pacte social des abeilles depuis le temps où les rois d'Israël goûtaient le miel sauvage à la cime des arbres, où le polythéisme hellénique peuplait d'abeilles d'or la barbe de Dionysos, père de la vendange et des fruits savoureux.