Et chauffent leurs bourgeons impatients du ciel,

Les sylphes ont repris leur place aux violettes

Et l'abeille commence à méditer son miel.

Mais dans chaque ravin du blanc amphithéâtre,

Une source aux bouvreuils a rouvert son miroir;

Mais la nuée est blonde à l'horizon bleuâtre,

Mais c'est mieux qu'un bonheur encor: c'est un espoir!

Certaines abeilles dévastent les corymbes jaune pâle du mahonia, ces fleurettes qui «font le printemps», pour parler comme Théophile Gautier. On n'en composerait pas un bouquet au mois de juin; mais, quand elles s'épanouissent, les corolles du mahonia attestent même aux gens qui n'ont pas lu Horace que l'âcre hiver se délie et que les zéphyrs sont de retour.

Les orchidées indigènes et, nommément, le groupe des ophris, tiennent dans la féerie du mois de mai l'emploi des travestis. Aussi justement qu'une autre famille botanique, ces étranges fleurs pourraient assumer à bon droit le nom de «personnées». Porteuses de masques, elles imitent les hyménoptères communs dans nos pays avec un mimétisme surprenant.

D'après Darwin, ce carnaval des fleurs a le but le plus sérieux; par leur conformité avec le type de leur race, les ophris invitent mouches et papillons à se poser sur eux, à consommer l'hymen dont ils rêvent.