Ce sont les porte-insectes, frelon velu et mordoré, mouche importune et volage, abeille végétale prenant comme paranymphe l'insecte fraternel et, pour en célébrer la fête, lui tendant une coupe de nectar.

La concurrence vitale qui donne aux abeilles de généreux amis dans les tribus de la prairie ou du jardin leur suscite en même temps de sombres et redoutables ennemis.

Dans le climat tempéré de l'Europe occidentale croissent des plantes scélérates qui, pareilles à la dionée, aux saracenas de la zone tropicale, se repaissent de meurtre, des végétaux carnassiers dont la mort alimente les forces et l'éclat.

La drosère nommée, à cause des gouttes fraîches qui toujours emperlent son feuillage: «rosée du soleil», rossolis, saisit les mouches et les digère. Sa «rosée» est un suc gastrique, acide après le repas, comme celui des mammifères, qui dissout les substances animales et prépare leur absorption par les organes de la plante.

Mais plus que tout autre végétal des prés ou des coteaux l'abeille redoute un gramen, l'«accroche-abeille», qui se nomme, de son nom d'académie, sétaire verticillée.

Ses panicules accrochent les pattes de l'insecte comme les mains des gnomes barbus qui, dans la forêt des légendes, saisissent au passage les vagabonds attardés.

Près des ennemis enracinés au sol qu'un peu de prudence et la mémoire des localités permet de fuir avec succès, l'abeille voit se dresser une autre armée, effrayante, d'adversaires ailés, griffus, pleins de vigueur et d'appétit:

L'homme, d'abord, l'étouffeur sinistre qui dilapide son propre bien et tue avec acharnement l'insecte profitable, pour le plaisir de tuer;

Ensuite, le moineau plébéien et la noble hirondelle, tous deux friands de miel;

Puis, la tribu des insectes guerriers: libellules, demoiselles, qui, dans leur vol harmonieux, pourchassent la proie abondante l'insecte alourdi par un trop riche butin.