Le philante apivore, mouche qui volète sur les reines des prés, les flouves odorantes et autres plantes fourragères, le philante d'aspect modeste, sans avoir l'air de suivre un méchant dessein, dès qu'il aperçoit une abeille regagnant sa colonie après récolte faite, la poignarde gentiment et porte à sa larve qu'elle enterre l'abdomen rempli de miel.
Un autre bandit non moins redoutable, c'est le sphynx atropos, ainsi nommé à cause des stigmates qu'il porte sur son corselet et qui figurent assez exactement une tête de mort, comme le scarabée d'or d'Edgar Poë. L'Europe le doit à M. de Parmentier. Sa larve, en effet, vit dans les tubercules de la pomme de terre dont Louis XVI, comme chacun sait, portait une fleur à sa boutonnière.
Le sphynx atropos entre dans les ruches ainsi que dans une ville conquise. Il effondre les alvéoles, piétine le couvain; il se gorge de miel comme un électeur, de sandwiches, au bal de l'Hôtel de Ville.
Pareil aux guerriers de Guatimozin, il est couvert d'une armure qui le met à l'abri de la dague et du poison. L'acier de damas qui d'un revers tranche les têtes les plus fières s'émousse dans un édredon. L'aiguillon des avettes ne transperce pas la fourrure du monstre. Le brûlant acide formique glisse comme averse d'orage sur sa lourde toison.
Aussi, quel zèle pour garder les portes de la ville et dresser devant l'intrus des obstacles décisifs!
Les abeilles se pressent; des pattes, des mandibules, de tout leur être, elles s'efforcent de le saisir, de trouver dans sa cuirasse capitonnée une place vulnérable.
D'autres voleurs encore menacent la richesse de l'apier. Je nomme pour mémoire l'ours, car ce plantigrade est assez peu fréquent aux environs de Paris.
Viennent ensuite les divers rongeurs qui, s'il faut en croire la Batracomyomachie, ne redoutent que deux ennemis sur toute la terre, l'épervier et la belette, et aussi la ratière lamentable où veille une destinée pleine de ruse: la légion des souris, mulots, campagnols, voleurs de miettes, rongeurs de pain, troueurs de jambons et lécheurs de meule, dont les fortes dents déchiquètent le bois, ouvrent dans les murs de la cité des brèches funestes, pillards sans foi qui vivent du travail d'autrui et pour qui l'on prend avec raison à la lettre le Sic vos non vobis de l'inepte quintil imputé à Virgile.
Voici, l'oreille au vent, une jeune souris, un hamster qui font des mines comme une élégante de province ou bien, «se glorifiant de leurs ventres», grignotent un chanteau de fromage et méritent le beau nom de Tyroglyphos que n'eût pas manqué de leur décerner l'aveugle Homère.
Aussi, les mouches guerrières, les petites walkyries aux ailes d'or, comme elles fondent sur l'envahisseur et le transpercent de leurs glaives! Et, quand il est mis à mort, avec quelle prudence elles embaument le cadavre, qui bientôt empoisonnerait l'atmosphère et serait pour la République un mal pareil à ce fléau que les apiculteurs nomment, je crois, la «loque», c'est-à-dire la décomposition du couvain!