«S'il est impossible d'expulser le rat ou la limace ou de les dépecer, les abeilles l'enferment méthodiquement et hermétiquement dans un véritable sépulcre de cire et de propolis, qui se dresse bizarrement parmi les monuments ordinaires de la cité (Les adverbes joints de M. Maurice Mæterlinck font admirablement). J'ai rencontré, l'an dernier,—poursuit-il, dans une de mes ruches, une agglomération de trois de ces tombes, séparées comme les avéoles des rayons par des parois mitoyennes, de façon à économiser le plus de matière possible. Les prudentes ensevelisseuses les avaient élevées sur les restes de trois petits escargots qu'un enfant avait introduits dans leur phalanstère» (La Vie des Abeilles).
L'épée ennoblit ce qu'elle touche. La bête immonde mise à mort par le dévouement civique de l'abeille mérite d'être embaumée dans les aromates, comme un Pharaon, sous les monuments de la Cité victorieuse, de dormir éternellement au milieu des parfums dans un tombeau d'ambre, d'agathe et de cristal.
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Si l'on passe de l'Histoire naturelle au monde légendaire, le domaine de l'abeille s'agrandit. Les peuples indo-européens la font participer aux métamorphoses des dieux.
Elle butine sur la bouche des poètes le miel de la sagesse. Elle prête au jeune Eros, au Désir qui peuple les terres et les mers, son irrésistible aiguillon. Tantôt, sous les myrthes du cap Sunium et les cyprès d'Académus, elle cherche les lèvres de Platon; tantôt, amoureuse et légère, elle bourdonne, dans les vers de Méléagre, et, plus tard, se pose, au milieu des fleurs champêtres, sur le bouquet d'Antinoüs.
La Bible juive est comme une alvéole remplie de miel, toute bruissante d'ailes et de rumeurs guerrières.
Les textes abondent.
Jonathas, fils de Saül, est condamné à la mort pour avoir, un jour d'abstinence prescrite par le Roi, touché au miel des abeilles sauvages. Sa plainte douloureuse et charmante sert d'interprète à la mélancolie éternelle des êtres jeunes frappés dans leur matin. Elle symbolise cette amertume qui jaillit, dit Lucrèce, de la fontaine des plaisirs:
«Goûtant, j'ai goûté un peu de miel au bout de ma baguette, et voici que je meurs!»
Déborah (l'abeille), prophétesse et femme de Lapidoth, jugeait Israël. Elle résidait sous le «palmier de l'abeille», entre Rama et Bet-Hel, dans la montagne d'Ephraïm. Vers elle montaient, pour terminer leurs différends, les Bene-Israël. Deborah fut l'inspiratrice de Jahel qui, sur le Thabor, tua, dans sa tente même, le chananéen Sisara, généralissime du roi d'Ashur.