L'histoire de Samson éclate d'ironie et de férocité. Il n'en est pas de plus juive. Elle contient, comme la plupart des contes orientaux, une de ces propositions équivoques, de ces lemmes ambigus, où se plut toujours la goguenarde subtilité d'Israël.

Près d'Ascalon, dans le bourg de Thamnata, gardant les vignes des Philistins, Samson aperçoit une fille étrangère. «Tu as blessé mon cœur d'un regard de tes yeux», dit-il à cette jeune belle dont, malgré les objurgations paternelles, il ne tarde pas à demander la main. Tandis qu'il fait sa cour, il rencontre, chemin faisant vers la demeure de sa fiancée, un lion de forte taille. Mais, soutenu par l'esprit d'Iaveh et sans rien avoir dans la main, il abat le fauve comme un chevreau.

Revenant, quelque temps après, chez la femme qui plut à ses regards, il se détourne pour voir ce qui reste du lion. Voici qu'un essaim d'abeilles a fait son miel dans la gueule du cadavre. Samson recueille ce miel et le mange en allant vers Thamnata.

Bientôt le festin des noces a lieu où trente jeunes hommes lui servent de paranymphes.

Samson leur dit:

—Je vais vous proposer une énigme. Si vous me la devinez pendant les sept jours du festin et que vous la résolviez, je vous donnerai trente tuniques de lin et trente habits de couleurs variées.

—Propose ton énigme, lui répondent-ils, que nous l'entendions.

Et Samson leur dit:

—La nourriture est sortie de celui qui mange et du fort est venue la douceur.

Ils passèrent trois jours sans résoudre l'énigme. Vint le septième jour du festin sans qu'ils fussent plus heureux. Mais, ayant suborné la femme de Samson, les jeunes Philistins s'approchent de lui avant le coucher du soleil et lui demandent:

Quoi de plus doux que le miel?

Quoi de plus fort que le lion?

—Si vous n'aviez pas labouré avec ma génisse, leur répond le jeune Israélite, dans ce style figuré qui avait le don d'exaspérer M. de Voltaire, vous n'auriez pas résolu mon problème.

Et soudain, pour acquitter sa dette de jeu, il descend vers Ascalon, décervèle trente Philistins, prend leurs dépouilles et les donne, comme habits de couleurs variées, aux jeunes hommes qui avaient répondu à sa question.

Le commerce des vêtements défraîchis, des costumes hors d'usage et des redingotes d'occasion était désormais fondé en Israël…

Salomon faisait entrer des abeilles dans son palais, pour discerner la rose véritable de la rose artificielle que Balkis, reine de l'Yemen, lui avait apportée afin d'éprouver sa sagesse.

Dans l'évangile selon Mathieu, Jésus mange avec ses apôtres un rayon de miel, ce qui permet aux théologiens d'affirmer, avec le sérieux des baudets qu'on étrille, que ce rayon, composé de miel et de cire, figure la double nature de Jésus, faite d'humanité et de divinité.

Dans les répons de la liturgie catholique, Cécile est qualifiée «apis argumentosa», c'est-à-dire abeille pleine d'arguments. L'Eglise traduit par «abeille industrieuse»; mais c'est une interprétation évidemment erronée. En effet, Cécile, jeune, riche, patricienne, érudite et raisonneuse, discutant avec ses juges, prétendait les convaincre. Elle s'estimait leur égale, tenait tête à leurs objections. On n'a pas de peine à comprendre que le jeune Valère, époux d'une femme si «argumenteuse» et ferrée en théologie, ait acquiescé de grand cœur et tout de suite au vœu de chasteté dont il était requis.