fait les empreintes voir de doigts ensanglantés,
y sont déduits avec une certitude judicieuse; tous les conseils qu'il donne sur ce point ont gardé leur valeur intégrale. Mais les ruches ne sont plus tressées de vîmes flexibles ou d'écorces enchevêtrées; on ne détruit plus les essaims pour acquérir leur miel. Aux procédés barbares on a substitué des moyens efficaces et doux qui permettent d'enlever aux abeilles le superflu de leurs trésors, tout en leur faisant la vie plus confortable et mieux gardée.
Trois siècles après Virgile, Ambroise, évêque de Milan, écrivit, dans le 5e livre de son Hexaméron, un traité des abeilles et de leur merveilleuse complexion.
Là, sont enregistrés avec une complaisance que rien ne fait broncher les contes à dormir debout émis par l'antiquité au sujet des abeilles.
Quiconque a effleuré les études classiques est familiarisé avec le 4e chant des Géorgiques. Les cancres eux-mêmes, au cours de leurs études, ont effleuré, sinon dans le texte, au moins dans les pâles traductions des sorbonagres, l'épisode sublime d'Aristée, ces vers d'une incomparable harmonie et d'un charme si profond qui donnèrent à Glück, non seulement le sujet, mais la couleur de son Orphée. J'ose dire que j'en ai moi-même exécuté plusieurs copies en manière de pensums, à l'âge heureux où les divers cuistres préposés à l'instruction de la jeunesse nous transmettent le dégoût des chefs-d'œuvre anciens, que j'ai honnêtement ravaudé les Nymphes de Cyrène, et la plainte d'Eurydice, et le vieillard Protée, au milieu de ses phoques.
Saint Ambroise est moins connu. Il fut cependant, au IVe siècle, le plus haut représentant de la pensée chrétienne. Il préconisait la liberté de conscience à la façon des évêques modernes. Sa lutte pour la Victoire du Capitole contre Symmaque montre à quel point l'intolérance—déjà!—faisait partie des mœurs ecclésiastiques.
Ambroise néanmoins avait l'âme romaine. Il fut, autant et plus que Stilicon, le défenseur de la cité latine contre l'invasion des Barbares. Supérieur à son milieu par l'intelligence et par le caractère, il domina de toute sa hauteur un monde à l'agonie. Il eut, à la façon des forts, un amour très véridique de la douceur et de la paix. Comme toutes les âmes nobles, il aima la musique; c'est le plus harmonieux et le plus mesuré des Pères latins. Il fut orateur, musicien, poète; c'est de lui que procèdent le chant ambrosien et les chœurs alternés dans la liturgie catholique. Son éloquence était pleine de suavité.
Le diacre Paulin raconte qu'un essaim d'abeilles vint se poser sur ses lèvres d'enfant, un jour que sa mère l'avait exposé au milieu des fleurs dans son berceau.
L'Hexaméron d'Ambroise est comme un abrégé d'histoire naturelle, un résumé de Pline le Jeune accommodé au goût chrétien. Nous y retrouvons de Virgile et de ses prédécesseurs les assertions bizarres à propos des abeilles. Néanmoins il ne mentionne pas la génération spontanée et même hétérodoxe dans les flancs d'un taureau en putréfaction.
M. Maurice Mæterlinck, que Mirbeau nommait autrefois le «Shakespeare de la Belgique», rêva peut-être aussi d'en être le Virgile. Dans le printemps de 1901, il donna 300 pages qui font bonne figure à côté de Michelet et du divin Mantouan.