Ses connaissances en matière d'apiculture sont infinies. Il a tout lu, depuis Aristote, Varron et Columelle jusqu'aux tracts élémentaires et pratiques des Anglais, des Allemands, des Suisses, des Yankees, en passant par François Huber, Réaumur et Swammerdam.
C'est un grand écrivain, de qui les tableaux magnifiques et précis ont le nombre des plus beaux poèmes et l'exactitude minutieuse d'un manuel Roret. Le premier, il a écrit sur l'abeille moderne dans une autre langue que le patois melliflu en honneur chez les curés de village et les ministres huguenots dévoués à la culture apicole.
Ces recommandables pasteurs d'hommes et d'abeilles, assez mal à propos, agrémentent leurs dissertations techniques d'homélies et de maximes pieuses. Ils admirent les «desseins de la Providence» dans leur vermine ailée. Mais ils ont l'avantage d'offrir au jardinier rustique, à la fermière inculte, des compendium dont le langage est à l'unisson intellectuel des esprits le plus obtus.
«L'histoire de l'abeille, dit Maurice Mæterlinck, ne commence qu'au XVIIe siècle, avec les découvertes du Hollandais Swammerdam.»
Michelet a conté la passion du grand naturaliste, inventeur du microscope, mort à 43 ans, épuisé moins par le travail que par la misère.
La Bible de la nature, son grand ouvrage, fut traduit en latin par les soins de Bœrhave, dans la première moitié du XVIIIe siècle.
Vint ensuite Réaumur. Puis, en 1770, François Huber, de Genève, le sublime aveugle, qui pénétra plus avant que tout autre dans les secrets de l'apier et «qui reste encore le maître, le classique de la science apicole».
Si vous consultez le premier répertoire venu, encyclopédie ou lexique, vous apprendrez que l'abeille est un genre d'insectes appartenant à l'ordre des hyménoptères, section des porte-aiguillons, famille des apides sociales. Ce sont les «mellifères» de Latreille, les «mélites» de Duméril, les «avettes» de Ronsard et les «mouches à miel» du langage vulgaire.
Outre l'abeille domestique, cette riche famille ailée comprend les bourdons, les psytires, les mélipones, les trigones, sans compter les variétés d'Amérique et «le petit peuple des rochers, les abeilles noires sauvages de l'Inde, toujours affairées et furieuses», qui règnent sur la jungle au point que le tigre ou l'éléphant s'écartent de leur chemin (Rudyard Kipling, Chien rouge).
Les bestioles que cultivent Maurice Mæterlinck et l'abbé Duquenois se montrent de complexion moins farouche.